Devoir de silence ou Droit à six lances ?

Championne du Monde de Chute Libre en 1975 au Canada, l’armée Camerounaise s’est aussi régulièrement et brillamment distinguée sur de nombreux autres fronts de combats notamment face au Nigeria dans la péninsule de Bakassi et contre Boko Haram dans la Région de l’Extrême-Nord. Toutefois, applaudir cette armée, ne nous interdit pas de dénoncer  les dérives de certaines de ses composantes. Aussi, le divorce entre les populations du mayo-sava  et  des éléments du 42è BIM  qui se comportent comme une force d’occupation, n’a-t-elle  rien effrité du crédit et de l’immense respect que ces mêmes populations ont pour le BIR[1] et le BTAP[2]. C’est aussi rappeler qu’à partir du moment où, une armée se retourne contre les populations dont elle a la charge de protéger, le silence est interdit. Il faudrait bien prendre en main ses lances et dénoncer quoique cela nous coûte.

Difficile d’admettre qu’en pleine crise sécuritaire, au moment où les populations de Kourgui, Limani, Makoulahé, Kassa, Kotcherehé, Tolkomari, Gouzoudou, Malika, Guidjimdele, etc. adandonnées à elles-mêmes, choisissent faute de mieux de se refugier tous les nuits  sur les flancs de montagnes, notre armée, les éléments du 42è BIM en profitent pour leur infliger régulièrement de lourds châtiments : Bastonnades, tortures, humiliations, etc. Pendant ce temps, le village délaissé reste la proie des groupes armés qui pillent, tuent et se retirent sans être le moins inquiétés. Sommes-nous encore si loin de ces nuits longues et tumultueuses, sous un ciel décoré d’éclairs issus des tirs croisés de Boko Haram et de la Police, où COVIS et quelques éléments du Poste de Police de Kourgui sous la houlette de leur Chef,  assuraient seuls (par moments épaulés par le  BIR), en l’absence visible de nos fantassins du 42è BIM, affectés dans cette zone, la sécurité des nuits durant ? Ces populations meurtries méritent-elles cette avalanche de tortures à elles infligées par ces militaires qui de nuit sont absents aux heures troubles et en journée, érigent des postes de Contrôle où ils extorquent à ciel ouvert de l’argent aux usagers ? L’Armée Camerounaise ou mieux, ces apparents agresseurs du 42è BIM qui souillent ce corps de métier, sont-ils conscients de l’autodafé commis à  Makoulahé, lorsqu’ils décident, il y a bientôt un mois, d’incinérer  les archives et cases des paisibles et soumises populations de ce village ? M. GIGLA, septuagénaire et Instituteur de classe exceptionnelle à la retraite  en a d’ailleurs payé le lourd tribut. Ses documents ont volé en flamme malgré ses vaines suppliques à l’endroit de ces militaires pyromanes. Que pensent-ils des fréquentes bastonnades infligées aux populations Mathal de Malika et environs ? Pourquoi le haut Commandement Militaire tant local, régional que national, refuse-t-il de rappeler à l’ordre ces nombreux hommes restés impunis après leurs forfaits qui remontent à plus d’une décennie ? Ces tueurs jadis gradé et hommes de rang, que les familles des victimes croyaient  soit en prison, soit révoqués de l’armée, ne sont-ils de nouveau en poste à Mora, avec des galons dorés ?  A quoi donc servent ces multiples missions d’Enquêtes dépêchées par le Ministre de la Défense, si au bout du compte, le mal croît de manière vertigineuse avec son lot de victimes déboussolées ? Que sont devenues ces 88 filles-mères abandonnées par des militaires bien identifiés et dénoncés auprès de la SEMIL ? A quoi sert le Bureau de Mora de l’Antenne SEMIL Extrême-Nord, puisqu’aucune dénonciation contre militaires y introduite n’a eu de suite, si ce n’est celle d’avoir réconforté ces voyous, fautifs et irresponsables dans leurs basses besognes ? M.  LITINÉ GOUADAVA  OUSSALAKA  est une victime de trop. Du haut de ses 75 ans d’âge, épuisé par les pesanteurs socio-économiques ambiantes et fragilisé par la torture subie durant ses 03 nuits et 04 jours  de garde-à-vue au sein du PC Avancé du 42è BIM, a accepté de se confier à nous. A la suite de son Entretien, nous publions aussi celui de M. Philip Maya TCHAMTCHAM, son fils de 55 ans qui lui a rendu visite durant ce calvaire…

MOMO

[1] Bataillon d’Intervention Rapide

[2] Bataillon des Troupes Aéroportées

 

ENTRETIEN AVEC M.  LITINÉ GOUADAVA  OUSSALAKA

 

M. LITINE

Quand êtes-vous arrêté et combien de temps avez-vous passé entre les mains des militaires ?

Je suis arrêté le Jeudi 10 septembre dernier autour de 08h et libéré dimanche 13 suivant dans la matinée. Soit quatre jours et trois nuits.

Pourquoi êtes-vous arrêté ?

Juste un malentendu entre le Lada MESPEH, le Chef de Canton de Podoko Nord et moi.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Lada MESPEH a arbitrairement vendu mon terrain à Dougdjé Gigla. Surpris dans mon champ, je lui avais demandé de libérer. Ce qu’il a refusé avant de conclure pendant nos échanges que c’est moi qui ai tué ses deux fils âgés d’environ 30 et 26 ans. Surpris et déçu par cette déclaration, je saute sur lui et lui demande des explications. Les témoins nous séparent et c’est ainsi qu’il porte plainte contre moi auprès du Chef Lada MESPEH qui à son tour me convoque. Je refuse de me présenter tant que Dougdjé Gigla ne se serait pas expliqué sur les charges d’assassinat de ses enfants qu’il me fait porter.

Comment vous-êtes vous retrouvé dans les filets des militaires ?

Mon refus de répondre à la convocation du Chef, l’a fait saisir des militaires qui sont passés me prendre à moto et me conduire à leur base.

Comment aviez-vous été traité par les militaires ?

Après mon arrivée et sans m’entendre, ils m’ont conduit dans une salle et m’ont infligé 15 coups de machette aux fesses. Durant tout mon séjour, couché sur un sol nu, à la merci du froid et des moustiques, je recevais 15 Coups de machette chaque matin et chaque soir…

De quoi était fait vos repas ?

Je n’ai jamais mangé et bu tout au long de ce temps-là. Ils m’ont fait comprendre que le Chef leur a chargé de ne pas me donner à manger et de l’eau pendant une semaine.

Comment  êtes-vous libéré ?

Le Dimanche matin, ils ont fait appel à un moto-taximan à qui ils ont demandé de m’accompagner chez moi.

Propos Recueillis en Podoko et interprétés

le 15 Sept. 2020

Par   Polycarpe Marava  Goudjama

 

ENTRETIEN AVEC MAYA  TCHAMTCHAM PHILIP

MAYA  PHILIP

Pourquoi votre père a-t-il été arrêté ?

Les militaires que j’ai rencontrés en premier lieu m’ont fait comprendre que c’est sur ordre du Chef du Canton qu’ils ont décidé d’arrêter mon père et de le garder. Sans trop me donner des détails. A mon tour, je rencontre le Chef et plaide pour la libération de mon père qui a droit aux soins de santé, non sans lui demander les motifs de cette arrestation. Dans ses réponses, je l’ai trouvé évasif. Il disait tout sans être précis. A la fin de ses propos, il m’a rappelé que mon père devrait y mourir au besoin et que mon appartenance à une Organisation des Droits de l’Homme ne le perturbait point.

Réponse du Chef assez évasive, pour justifier de l’arrestation de votre père…Que peut-on donc retenir de l’essentiel ?

Dans un premier temps, il dit que le champ querellé ne nous appartient pas.  Par la suite, il m’apprend après avoir évoqué des âneries que je l’ai déçu à Kousseri ( mon lieu de résidence) en refusant de concourir à l’élection du Chef des Podokos. Vous comprenez donc que l’arrestation de mon père a plusieurs motifs qui pour certains ne devraient pas engager sa responsabilité.

Des sources pourtant introduites, laissent entendre que votre papa payerait le prix de ses pratiques de sorcellerie ?

Je l’ai appris quelque part, mais dites-moi si c’est à plus de 80 ans, qu’un sorcier se révèle dans son milieu. Je ne crois pas à cette hypothèse puisque la sorcellerie ne fait pas partie de notre héritage commun. A défaut que celui qui l’affirme, nous en apporte les preuves.

Au moment de plaider pour la libération de votre papa, Vous avez évoqué l’urgence qu’il fut soumis aux soins de santé. Est-ce à penser que vous l’y avez trouvé souffrant ?

Les conditions de détention n’étaient pas bonnes. Couché à même le sol, dans ce froid, avec les fesses rouges de blessures suintantes, pour un vieillard, je ne pense pas que cela se justifiait. Mais le chef a refusé et aurait programmé sa mort.

Quelle est votre réaction après le refus du Chef et des militaires de libérer votre papa ?

J’ai du coup informé ma hiérarchie au Siège de l’Association « Human Rights Monitoring » à Yaoundé. Elle a son tour, a saisi les autorités départementales du Mayo-Sava et régionales de l’Extrême-Nord  le même jour…Le lendemain Dimanche au petit  matin, le père a été libéré.

Comment se porte-t-il ?

Je l’ai dans un premier temps conduit au dispensaire de Godigong tôt le lundi. Et de là, nous avons été référés à l’hôpital de district de Mora. Il suit déjà un traitement en attendant la délivrance du Certificat Médical annoncé pour demain ( ndlr : Mercredi 16 Septembre).

Une action en justice est-elle en vue ? Si oui, contre qui ?

C’est le moins que l’on puisse faire pour le moment. Pour l’instant je me réserve de tout commentaire. La santé de mon père me semble  plus préoccupant.

Propos Recueillis en Podoko et interprétés

le 15 Sept. 2020

Par   Polycarpe Marava  Goudjama

 

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