La jalousie, la méchanceté des camerounais envers Manu Dibango

Manu Dibango est mort depuis peu, de nombreuses voix s’élèvent pour demander ce que celui ci a fait pour le Cameroun en 60 ans de carrière. Voici un texte que j’ai déjà publié plusieurs fois ici.

Manu Dibango a eu de nombreux projets pour le Cameroun mais comme nul n’est prophète chez soi, il a à chaque fois essuyé haine, jalousie et méchanceté de la part de ses compatriotes.

Très souvent, on se demande pourquoi les grandes figures du Cameroun peu importe leurs domaines d’activité préfèrent investir à l’extérieur du Cameroun ou depuis l’extérieur et y vivre.
La réponse est que lorsqu’ils ont voulu faire des réalisations au Cameroun, ils ont subi de la jalousie sans bornes, la haine , la méchanceté de leurs propres citoyens.
C’est ce que nous allons voir dans les lignes qui suivent avec l’exemple de Manu Dibango.

En 1963, Manu Dibango decide de retourner au pays natal en compagnie de son épouse Coco. Il a plein de projets en tête pour son pays. Ils ouvrent deux clubs qui marchent super bien; il veut ouvrir une grande structure artistique. Il y met toutes ses économies. Il baptise son premier club « tam-tam ». Le succès est au rendez-vous, la réputation du club traverse les frontières du Cameroun si bien que Jean Bedel Bokassa , alors commandant des armées, débarque souvent, venant en avion de Bangui. Il y dépense des sommes folles jusqu’à l’aube.

Le succès du club de Manu fait des jaloux. La police multiplie des incursions et enferment les clients au Commissariat central. On s’acharne sur le club de Manu. On lui impose des taxes mirobolantes. Manu finit par comprendre l’origine de cet acharnement : le préfet qui lui a accordé l’autorisation d’ouvrir cette boîte a des intérêts dans une boîte de nuit du quartier tenue par sa maîtresse blanche , il juge que le club de Manu fait concurrence à celui de sa maîtresse.

Pire encore, Manu Dibango qui a embauché dans son club des membres de sa famille pour les aider, se fait voler sournoisement par ceux-ci. En 6 mois, ils videront les caisses.

La jalousie à l’égard de Manu et son épouse est telle qu’on veut dorénavant attenter à leur vie. Un soir alors qu’ils sont en train de dormir, ils découvrent un serpent minute sous l’oreiller au matin . Un jour c’est dans la rue qu’il échappe à une morsure de serpent ; sauvé in Extremis par un ami.
Invité à se produire avec son orchestre par de hautes personnalités, il n’est même pas reçu et payé.
Ses musiciens congolais étant rentrés au Congo, Manu Dibango decide d’embaucher des musiciens Camerounais. Ceux-ci lui causeront les pires problèmes.
Manu Dibango et son épouse mettent la clé sous le paillasson et quittent Douala pour tenter l’aventure dans un Club à Yaoundé :Le Black and White. Confrontés à une ambiance délétère, Manu et coco quittent le Cameroun en Catimini pour la France en fin juin 1964 .

Avec le succès de Soul Makossa, Manu Dibango devient célèbre et raffle les récompenses un peu partout dans le monde. Hollywood nomine Soul Makossa, Paris décerne un disque d’or à Manu avec faste et pompe. Manu décide d’aller au Cameroun remettre le trophée au président Ahmadou AHIDJO. Manu ressort blessé de cet entretien avec AHIDJO, celui ci lui a fait trop de reproches.
Début 1980, Manu décide de retourner au Cameroun après avoir été séduit par un projet d’ouverture d’un club. Le projet est initié par son ami Hervé Bourges.

Manu est à la tête d’un club qui marche très bien. Il subit l’envie et la jalousie de ses compatriotes qui font de la magie et introduisent des gris gris pour dissuader son public. Ils découvrent des fétiches, des grigris un peu partout dans son club.
La ville entière est au courant par Radio Trottoir qu’il ya les « médicaments » dans le club de Manu. Le public superstitieux à désormais peur d’y retourner.

Un soir après être rentré du Club, il se rend aux toilettes chez lui et se retrouve nez à nez avec un serpent Mamba vert. Un serpent dont la piqûre est mortelle. Manu ôte lentement son pantalon et le jette sur le serpent , puis prend ses jambes à son coup et réussi à s’échapper .

Manu écrit à son épouse Coco resté à Paris pour lui raconter tout ce qu’il subit et endure au Cameroun, celle-ci lui répond : » tu travaillerais mieux pour l’Afrique en testant loin d’elle ».
La voiture de Manu Dibango est même victime d’un violent accident. Sans raison, un véhicule lui rendre dedans.
Son conducteur est un fonctionnaire influent avec qui Manu Dibango était en négociation pour une histoire de terrain.
Manu Dibango sera longuement malade au Cameroun.

Sa femme viendra le motiver à quitter le Cameroun :  » pourquoi ne pas laisser tomber l’Afrique pour rentrer en France. Tu as suffisamment donné… »
Cette fois ci Manu Dibango decide de rentrer à Paris.

On connaît tous les projets que Manu Dibango avait dans sa besace lorsqu’il a pris la tête de la cameroon Music Corporation en 2003. On connaît aussi dans quels conditions, il a été poussé a la démission.
Manu Dibango a fait briller l’image du Cameroun un peu partout dans le monde. Et celà n’a pas de prix.

Son orchestre a contribué à mettre en lumière plusieurs icônes de la musique Camerounaise : Justin Bowen, Vincent Nguini, Richard Bona, Sissy Dipoko, les frères Sabal Lecco, Koko Atéba, Guy Sangué Akwa, Vicky Edimo, Ndedi Dibango, Noël Assolo, Manga etc

Il a inspiré toute une génération de Camerounais. C’est grâce au succès de son soul Makossa que plusieurs artistes Camerounais se sont ouverts au rythmes venus d’ailleurs. Ils ont alors embrassé le le Funk, soul, disco etc avec beaucoup de succès.

Manu Dibango a été honoré partout dans le monde. Un prix Manu Dibango a même été créé en son honneur en Côte d’Ivoire. Cette même Côte d’Ivoire a célébré ses 60 ans de carrière et Manu Dibango a été reçu avec toutes les honneurs par le Président de la République ivoirienne Alassane Ouattara.

Arol KETCH – 25.03.2020
Fourmi Magnan égarée

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