Octobre 1992, la victoire à l’Élection Présidentielle du Chairman Ni John Fru Ndi est détournée. L’opposition radicale est aux abois. La majorité présidentielle se reconstruit au moment où, l’État d’Urgence est décrété à Bamenda et le Chairman Ni John Fru Ndi placé en résidence surveillée à Ntarikon…La transition politique vient d’échouer et sert de relief à de nouveaux calculs politiciens. Pendant ce temps, l’Extrême-Nord qui depuis les Législatives et Municipales s’est faite aduler par l’UNDP, le RDPC et le RDR, opte pour une autre voie. Mme HAOUA BOUBA et une minorité choisissent contre vents et marées le SDF. Un quart de siècle plus tard, cette quinquagénaire, épouse, mère et grand-mère qui physiquement ne porte pas le poids de son âge, parle des fautes de gestion du RDPC, de  BOKO HARAM et de la Guerre qui sévit dans les régions anglophones.

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Mme  Haoua Bouba, Vice-Présidente du SDF

25 ans de militantisme dans le SDF n’est-ce pas énorme lorsqu’on sait que nombreux de vos camarades des premières heures se sont soit refroidis, soit ont démissionné ?

La politique pour beaucoup est une question d’intérêt matériel. Le Premier Ministre Achidi Achu la définissait en son temps comme le « djangui », sorte de tontine, où chaque composante en tire profit.. Quant à moi, c’est tout le contraire. J’y vois un moyen d’expression de ma vision et de partage des points de vue. De là si démissionner correspond à ce que je dis, alors cela aurait un sens, dès lors qu’on peut démissionner pour aller ailleurs ou mieux créer son espace personnel. S’agissant de mon cas, le SDF est resté le meilleur cadre de mon épanouissement. Je m’y plais et m’y mets.

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Le Chairman Ni John et la vice-Chairlady Haoua Bouba

Si Josuah OSHI venait à gagner l’élection présidentielle 2018, ne sera-ce pas pour vous le meilleur viatique de penser et nourrir des intérêts matériels ?

N’y a-t-il pas d’intérêts à servir de manière désintéressée? Pouvez-vous m’énumérer les biens matériels de Thomas Sankara et Nkwame Nkrumah après leur passage à la Présidence de leur pays ? Pourtant ce sont deux modèles parmi tant d’autres qui ont marqué l’humanité, malgré l’humiliation de leurs pairs.  D’ailleurs, si j’avais ces visées matérialistes, j’aurais cédé à plusieurs « appâts » en épargnant mes biens que j’ai presque tout perdus sous la gestion catastrophique du RDPC.

Comment expliquez-vous cette gestion catastrophique du RDPC ?

Elle est vaste. Je ne parlerai que d’une façade de la question. Lorsque le Lamido de Maroua arrache mes deux terrains à l’entrée de Congola, un ministre en fonction me conseille comme solution à cette épreuve, ma démission du SDF afin qu’il ne m’apporte son soutien …Et moi de me demander comment un système comme le RDPC peut-il après tant d’années d’échecs, continuer à caresser certains dirigeants traditionnels devenus encombrants pour la réalisation de ses objectifs ?

  • En Mai 2005, Une guerre éclate entre Kotokos et Mousgoum, parce qu’un Chef traditionnel kotoko voulait imposer un des siens kotoko dans la Chefferie mousgoum de lahaye. Le bilan est lourd et les mousgoums en payent le prix jusqu’à nos jours.
  • Le Sultan de Kousseri (RIP) impose en 2012 son frère dans une chefferie Massa à lacka. Les cris de dénonciation n’y changent rien.
  • Monsieur OUMATE, dirigeant traditionnel de Kourgui, un groupement de Mora, arrache et vend de manière régulière des terrains des vieillards et fils des minorités chrétiens et animistes podoko et Mahtal, sans que l’administration saisie par des Organisations des Droits de l’Homme, ne daigne réagir. C’est un laissez-aller qui est inacceptable.

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Mme Haoua Bouba et S.E.M  René Emmanuel SADI

La gestion de la crise de Boko Haram a connu et connaît jusqu’à lors, des débordements ;

  • Autant aux lendemains des évènements d’Avril 1984, les originaires du grand nord sont victimes du délit de faciès dans ce sens que s’appeler Arouna, Bouba Hamadou, Haman, Wadjiri, Wankreo, etc., porter les balafres, se vêtir du djalabia, etc. furent des indices de complicités au coup d’Etat manqué, autant aujourd’hui être né à Kolofata, Amchidé, Tourou, Fotokol, etc., porter le nom de Modou, Mustapha, etc., habiter Gansé, Kerawa, Yegoua, etc. est suffisant pour payer le prix d’appartenance à la secte de Boko Haram.
  • Il y a deux jours, l’armée Camerounaise a arrêté sous faux renseignements des suspects de Yegoua (Mayo-Sava) qu’elle a battus à mourir avant de les libérer. Bilan : Un mort et un autre aux urgences à Maroua.
  • Que reste-t-il des trois centaines de gens enlevés par l’armée à Doubler et dont l’on n’a plus eu des nouvelles ?

La gestion des Cartes Nationale d’Identité pose problème :

  • Lorsqu’un Camerounais soumet son dossier pour l’obtention de la CNI, un Récépissé lui est délivré jusqu’à ce que l’original de la CNI lui soit délivré. Mais je suis gênée de savoir qu’une fois le Récépissé périmé et en l’absence de la CNI, le demandeur fasse l’objet de tracasseries de la part des forces de sécurité comme si ce retard dépendait de lui. Non, c’est injuste de se faire traiter dans son propre pays avec autant de mépris. Je plaide pour la compréhension des décideurs afin que cette question soit traitée avec un peu plus d’élégance administrative.

Sur le plan éducatif, il y a assez de tares

  • Les Écoles primaires dans la Région brillent par l’absence criarde des enseignants pourtant affectés, mais qui usent de la ruse pour ne pas être là.
  • Les Lycées et Collèges ont un effectif au-delà des structures d’accueil. Moins de bâtiments, plus d’élèves ;
  • Des classes d’examen n’ont pas toujours des Enseignants prévus.

Au niveau des tracasseries de la force publique :

  • Les postes de Contrôles de police et Gendarmerie, sont devenus des Comptoirs où tout se négocie contre argent : Par exemple, à la sortie de BALAZA, Mairie Maroua 3è, Dans le Diamaré, chaque moto qui passe verse 500F, les Voitures donnent 1000F au gendarme, 500F au policier. Les Camions et autres Gros porteurs, versent 10.000F

Vous  semblez accuser le gouvernement, et pourtant la responsabilité de chacun mérite d’être interrogée….Par exemple, L’axe routier Maroua-Kousseri nous rappelle les lendemains de la préhistoire. Il est en mauvais état et pourtant c’est la voie d’accès aux villages des élites qui comptent parmi les plus influentes de la république…Où est la faute du RDPC ?

C’est d’avoir plus de considération pour ces élites qu’au sort de ces populations qui ploient dans une grande misère.

Que pensez-vous du « Plan d’Urgence » défini par le Chef de l’État, pour les Régions Anglophones ?

C’est une bonne initiative mais qui reste immature et insuffisante.

Immature : Justement parce que, la crise n’est pas encore terminée et rien de durable ne peut être construit dans les conditions incertaines de l’heure. Le recensement n’a pas pris en compte tous les sinistres : Par exemple, la maison du Chairman incendiée n’a pas été prise en compte. Les sommes collectées pourraient ne pas atteindre leurs cibles : Des voleurs seront prêts à en détourner.

Insuffisante : Que veut-on reconstruire en pleine guerre, au moment où des milliers de nos compatriotes anglophones souffrent dans des camps de réfugiés au Nigeria ? Qu’est-ce qui empêche le Chef de l’État d’y aller et leur rendre visite ? Ce geste devrait avoir plus de sens que le Plan d’Urgence.

Propos Recueillis le 30 Juin 2018

La  Rédaction

 

http://psydh.com

 

 

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