Agents de Comités de Vigilance: Boucliers ou boucs liés?

 

Le 05-2-2018, le domicile de LAWANE  FOUDAWA, 28 ans, autorité traditionnelle  et  Agent de Comité de Vigilance de KOTCHEREHE, arrondissement de MORA, département du MAYO-SAVA, région de L’EXTREME-NORD  est attaqué autour de 23h30 par plusieurs personnes armées. Celui-ci réussit à s’échapper. Les assaillants dans une course éprouvante ne parviennent pas à le rattraper. C’est alors qu’ils décident de faire payer le prix par sa famille.  Quelques uns de cette entité s’enfuient. NAOGAI Rebecca, 27 ans, l’une de ses épouses est ligotée, mortellement bastonnée. Plusieurs autres enfants subissent eux aussi la bastonnade et sont présentement alités. La maison est pillée et la somme de sept-cent mille francs, recette issue de la vente d’oignons est emportée.

Lawane  Foudawa  et  Naogai  rebecca

Le 21-11-2017, autour de 23h, toujours à  KOTCHEREHE, arrondissement de MORA, département du MAYO-SAVA, région de L’EXTREME-NORD,  Sa Majesté  OUMAROU BOULI,  58 ans, Chef  Traditionnel et  Agent de Comité de Vigilance, échappe de justesse à la mort. En effet, quatre membres présumés de boko haram dont trois cagoulés, armés de kalachnikov, font irruption dans son domicile et sous fond de menaces, lui arrachent deux millions huit-cent mille francs, issus de la vente des oignons et destinés la veille, au remboursement de certaines créances.  En marge d’atroces tortures subies cette nuit-là, ses bourreaux décident de trancher son cou…Ils s’y investissent et quittent les lieux convaincus que leur victime est décédée. Heureusement le couteau qui traverse la chair, n’a pas atteint les veines. Les images ci-dessous révèlent l’ampleur de l’incident.

                                  En haut: Oumarou  Bouli après et au lendemain de l’agression –   En bas: Oumarou Bouli le dos tourné et Une autre victime.

        Faudrait-il ne pas évoquer le sort de cette autre victime, M. HAMIDOU KARY, 32 ans et neveu de sa Majesté  OUMAROU  BOULI, qui cette nuit-là et sous le même toit, est brusquement réveillé par des coups de gourdins  assenés au-dessus de sa tête ? Sa vie certes est sauve, mais le crâne est touché.

Hamidou  Kari après l’agression

DE LA NON CONSIDERATION PAR LE GOUVERNEMENT,

DES SACRIFICES DES COVI..

Aux lendemains du 17 Mai 2014,  après la déclaration de guerre contre  Boko haram, prononcée au sommet de l’Elysée par Paul Biya, les Comités de vigilance  en véritables boucliers humains, se mobilisent et prennent position…Chemin faisant, l’atrocité des raids de l’ennemi ne laisse personne indifférente…C’est ainsi qu’en marge des victimes militaires tombées sur le terrain des combats, se comptent parallèlement des Agents de Comité de Vigilance tués soit par balles, soit par des engins explosifs, soit par égorgement au couteau. Situation troublante qui permet à cette date, dévaluer les victimes à une  quarantaine. Et qu’en est-il des survivants ?  Quelles dispositions sécuritaires et salutaires sont prises par les décideurs pour limiter les dégâts ? que pense-t-on du sort de ces hommes qui de nuit et de jour, au péril de leurs vies, renseignent et assurent la sécurité de nos villes et villages, au moment où toutes nos forces paramilitaires, jouissent paisiblement de leur sommeil ?

Si des honneurs et apparentes reconnaissances de l’Etat sont visibles lors des obsèques des COVI décédés, qu’en reste-t-il de la prise en charge sociale de leurs familles ? Quelle assistance accorde-t-on aux survivants blessés, puisqu’il est vérifié que toutes les charges médicales leur incombent ? Quelques-uns rencontrés nous ont régulièrement parlé des douleurs qu’ils portaient des mois et années durant après des blessures ou des chocs, sans que le gouvernement ne daigne exprimer pour eux, sa digne reconnaissance. Et voilà tout le problème.

QUI SONT CES AGENTS DE COMITE DE VIGILANCE  -COVI- ?

Ce sont des hommes, essentiellement des adultes, tout âge confondu qui au péril de leur vie, assurent de nuit comme de jour et pour le compte des autorités Administratives et de la force publique, les fonctions de renseignements sur les faits et gestes susceptibles de mettre en péril la paix civile. Dans le cadre de la guerre contre boko haram, ces vaillants hommes réalisent très souvent l’exploit d’affronter l’ennemi armé (armes à feu, engins explosifs, etc.) qu’ils maîtrisent avant de le mettre à la disposition des autorités militaires. Ceci permet d’  appréhender la complexité de leur tâche pour des amateurs du combat qu’ils sont, réagissant comme des boucs liés (ligotés) et la cible qu’ils deviennent pour cet ennemi. Autant le dire pour  tout aussi bien comprendre les circonstances dans lesquelles surviennent leurs multiples accidents. Avec à ce jour près d’une  quarantaine de morts dans leurs rangs, il devient plausible  de  dire que le moment est plus que jamais indiqué de penser que les COVI à la hauteur de leur sacrifice ont droit à trois choses incontournables:

  • Education / Formation ;
  • Matériel de travail ;
  • Sécurité
  • Education / Formation 

Rien de grand dans la sphère professionnelle ne s’est réalisé sans l’apport des connaissances extérieures à notre intuition. C’est dire que même le footballeur qui doit son art à ses prédispositions naturelles, a besoin d’un entraîneur ou de lectures, pour asseoir son art. Parallèlement, les COVI apporteraient plus et s’exposeraient moins aux dangers une fois qu’ils auront intégré un certain nombre de connaissances. Entre autres :

  • Techniques de Communication (savoir ce que c’est la Communication verbale et non verbale et savoir quel moment les utiliser) ;
  • Connaissance de l’ennemi (comprendre les fréquences d’attaque, les horaires, les jours et avoir la capacité de prévenir des attaques à défaut d’embusquer l’ennemi) ;
  • Secourisme (premiers soins après un accident) ;
  • Culture du self-defense (avoir la capacité d’affaiblir l’ennemi malgré la dangerosité de son arme).

 

  • Matériel de Travail

Les machettes, catapultes, gourdins, etc. ne sont pas des outils adaptés aux réalités auxquelles font face  les COVI. C’est suranné. C’est désuet et nécessite  un peu plus d’élégance dans ce que nous faisons. Des armes blanches à haute portée pourraient leur être dotées. Cas des stylos ou pistolets à gaz.

  • Sécurité Sociale

Les COVI sont logés à plus de 90% dans des conditions de vie précaires. Cela pose un réel problème de prise en charge de leurs familles respectives. Et du coup, le COVI qui a faim, peine à entretenir sa famille, ne dispose même pas de moyens pour la prise en charge médicale. Toutes choses qui le rendent vulnérable et l’exposent à tous les vices. Nous sommes au courant des cas d’arnaques perpétrés par des COVIS et d’importantes sommes d’argent emportées. Mais fallait-il au moment des faits, dénoncer auprès du Sous-préfet ou du Procureur  ces hommes qui sont à la fois des boucliers humains et boucs liés puisque sans défense? Bien gênant !!!! D’où notre suggestion qui s’inscrit dans l’ordre de :

  • La gratuité  des soins de santé  pour le COVI et sa famille (épouse et enfants déclarés) ;
  • La gratuité des Frais de Scolarité Primaire et Secondaire pour leurs enfants déclarés ;
  • Du droit à une pension alimentaire mensuelle à chaque COVI;
  • La sécurisation des villages par la présence effective de l’armée;
  • Connaissance des mines, indices des champs de mines et  uxo, etc.
  • Etc.

Emmanuel   MOMO

 

http://psydh.com

Publicités