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Il y a 10 ans, 02 Février 2008 les forces régulières du Tchad faisaient face à une rébellion qui mit  durement à l’épreuve le régime du Président  Deby. La rudesse des combats  qui  s’étendent au cœur de la Capitale  oblige des milliers d’habitants de N’djamena à trouver refuge au Cameroun, plus précisément à Kousseri. Le contexte est tendu, puisque le Cameroun connait lui aussi une crise sociale qui sert de relief à des soulèvements populaires. On parle alors des émeutes de la faim. L’Observatoire Droits de l’Homme (ODH), compte parmi les rares Organisations de la Société civile à être impliquée dans la gestion de la crise au niveau de Kousseri. Mlles  NJIKE, Prudence MOMO , MM. Eric  TCHAMBA, Leandres PENN et  Clément MBAKOP, principaux membres désignés de l’ODH se mettent en branle. Il faut apporter le plutôt possible notre Appui à ces femmes, hommes et enfants déboussolés qui ont trop  attendu du HCR-Gouvernement Camerounais, les premières Assistances. Ce qui suit est la reproduction in-extenso de notre premier rapport paru à cet effet.

CARREFOUR   JERICHO 

N° 003  du  1er Mars 2008

 « Le  retard (prise en charge des réfugiés tchadiens s’entend) est lié aux problèmes  d’organisation (…)Le premier  repas chaud  est prêt et devrait être servi incessamment »

         Les propos ci-dessus sont ceux de M. NDZIBI  Fritz Alain, Préfet du Logone & Chari, tenus le 05 février 2008 devant les humanitaires, inquiets du sort des milliers de réfugiés en provenance du Tchad. A regarder de près, le chef de Terre fait ici l’aveu de l’échec de la gestion humanitaire de cette crise. Cette approche est d’ailleurs visible une semaine après le premier déploiement des réfugiés de guerre en provenance du Tchad. Et de là, on peut se  demander à quoi aurait servi le  08 février dernier à KOUSSERI, la visite apparemment musclée du Ministre de l’Intérieur, entouré des patrons de la Gendarmerie et de la Police, si après eux, aucune amélioration n’est visible sur le terrain ? Des tonnes de nourritures stockées ne sont jusqu’à lors pas distribuées à près de 100 milles réfugiés originaires essentiellement du Tchad, de la RCA et du Congo ex-zaïre.

Dans la logique de notre étonnement, une piste d’analyse nous conduit  à  penser que, cette façon très subtile  de faire, viserait à  satisfaire les attentes du gouvernement tchadien qui souhaite prestement  le retour au bercail de ses compatriotes. Autrement dit, en privant de nourritures ces réfugiés, ils se trouveraient obligés de replier au bercail. Et si cette option était trop osée, pourquoi à ce jour, des personnes vulnérables qui devraient au bout du compte payer de leur vie, restent-elles  sans assistance ?   « Le premier  repas chaud » annoncé reste attendu et c’est donc normal que des réfugiés soient, qui :

  • affamés parce que le HCR dit vouloir mettre d’abord de l’ordre,
  • Abandonnés à eux-mêmes dans leur camp de MADANA sans lumière, parce que le carburant destiné au Groupe Electrogène fait l’objet de trafic  par des  par des agents de la SONEL  bien  identifiés et toujours  impunis.
  • Assoiffés parce que la SNEC (Société des eaux) a fermé les robinets,
  • Sans courage et apeurés parce que tout peut arriver à KOUSSERI. Eh bien oui, il se trouve que les forces rebelles réagissant aux assauts de l’aviation de l’armée régulière tchadienne, au-dessus du ciel camerounais, ont endeuillé de nombreuses familles camerounaises.
  • Sans soins parce que l’hôpital de district de KOUSSERI a depuis atteint sa capacité d’accueil de cent personnes,
  • Sans défense parce que des infirmiers rackettent les réfugiés,
  • Sans considération parce que l’effectif du personnel médical est insuffisant alors que celui de l’Armée s’est accru,
  • Sans droits parce que l’hôpital malgré les urgences  et leur présence, est fermé le week-end et jours fériés.

Notre prompte entrée en scène peut se justifier par l’urgence de sauver des vies. Croiser  les mains devant ce qui pourrait ressembler à un génocide programmé nous semble mal faire. Il faut agir et c’est justement à ce titre que l’invité de la troisième Edition de « Carrefour  Jéricho » intervient. Celui-ci n’est pas une victime de l’injustice, mais un défenseur des droits humains qui a l’honneur de conduire l’équipe de l’Observatoire des droits de l’Homme –ODH-  sur des sentiers glissants de cette vallée, où tout dérapage serait synonyme d’hécatombe. L’entretien  qui suit est une odyssée en plein  cœur de KOUSSERI, où se trame le destin de la population tchadienne, le destin du peuple africain tout court, face à des prédateurs attitrés. Pitoyable cette conjonction des intérêts et de l’irresponsabilité des gens qui deviennent humanitaires dès que sonne l’heure de la gestion des stocks et des fonds !

Emmanuel  MOMO

 

ENTRETIEN AVEC M. Clement  MBAKOP

Tchad 4

  • Bonjour Monsieur, que peut-on retenir de vous ?

Je suis  Clément  MBAKOP, Responsable  à KOUSSERI, désigné par l’ODH, du suivi et de la promotion des droits des réfugiés de guerre en provenance de la république du Tchad.

  • En quoi consiste votre tâche ?

Répondre à votre question exige que nous jetions  un coup d’œil  dans les motivations de notre déploiement à KOUSSERI. La vérité  ici tient au fait de l’amer constat selon lequel, les réfugiés tchadiens semblent dépouillés  de tous leurs droits à la vie. Personne, sauf  captive des forces démoniaques, ne supporterait voir des milliers de gens, exposés à longueur de journées sous notre soleil sahélien, sans eaux, sans nourritures et à la merci  de toutes les formes d’infections servies par  des vents. Des enfants affaiblis par la diarrhée et la déshydratation, sans  aucune prise en charge, approuvent nos observations. Il fallait agir sans nous laisser  berner par des discours  attentistes  qui  ensevelissent tout espoir à la vie. Etre tchadien ou originaire de tout autre pays  en terre camerounaise, c’est aussi être chez soi !

  • Et votre action ?

Nous avons obtenu   grâce à l’humanisme débordant  de  Monsieur  NYASSEU  François, pharmacien à  KOUSSERI, un local  assez  vaste qui nous permet aujourd’hui de caser plus de cent âmes voici plusieurs jours.

  • Sur quoi repose la différence dans  votre action, par rapport  à vos observations du départ ?

Contrairement aux discours qui nourrissent le mental du réfugié, plutôt que de l’aider à  mieux  se porter, nous avons dans la foulée  mis à leur disposition des Jarres d’eau, gobelets, lampes à pétrole, seaux d’eau, bouilloires, savons, brosses à dent, médicaments de première nécessité. etc. Aussi avons-nous permis à plusieurs d’entre eux de bénéficier sans contre partie, des soins intensifs à l’hôpital de KOUSSERI. C’est  agir !

  • Quel est  votre  effectif  et d’où vous proviennent  les fonds ?

A ce jour, nous sommes une quinzaine, dont quatre femmes. Quant à nos fonds, je dirai qu’ils découlent du concours des dons volontaires de chacun de nos membres. Pas plus !

  • N’êtes-vous donc pas financé de  l’Etranger ?

Non ! Nous ne bénéficions d’aucun financement  et cela constitue l’une des  pesanteurs dans nos  actions. Déjà, il nous semble impensable  de constater que ces Organes frères qui vivent des subventions brillent par leur absence sur le terrain, à une heure où se joue à KOUSSERI le  tragique destin d’un peuple.

Vous faîtes là   le  procès des ONG humanitaires ?

Non, je m’interroge simplement  pour n’avoir pas vu sur le terrain, ces « grosses machines » nationales, du moins jusqu’à ce matin. (12/02/2008) Et plusieurs questions me passent par la tête :

  • Vivent-elles pour dénoncer uniquement les violations des droits de l’Homme dans les Commissariats et brigades de Gendarmerie ?
  • Ont-elles pour seule vocation que de veiller sur les droits des Camerounais ?
  • Le plus important suffit-il de faire acte de présence sur un lieu sinistré pour se déclarer humanitaire ?
  • Qui est donc qui ?

Quel  est à ce jour, l’état des lieux ?

Sur le plan médical,

Nous  avons déjà  signalé de nombreux cas de malades qui  tardent à être pris en charge. Aucun suivi médical, pas de nourritures des jours après l’arrivage de plusieurs tonnes de nourritures dont celles du Chef de l’Etat.

Sur le plan organisationnel,

 Ce qui nous surprend, c’est la pléthore des réunions du comité de gestion de cette crise lesquelles, au bout du compte semblent  en déphasage avec la réalité du terrain. Où sont les résultats ?

      Sur le plan sécuritaire,

Il  nous revient  que, c’est la Mission HCR  du Tchad et non du Cameroun, qui gère à KOUSSERI la question des réfugiés. Toutes choses qui justifient l’inquiétude de certains réfugiés qui nous laissent entendre leur crainte pour la simple raison que, dans les rangs de ces fonctionnaires du HCR, des Tchadiens d’origine suspectés d’être des « sbires du régime en place », pourraient  les  « exposer »… Vrai ou faux ? nous nous contentons sans prendre position, de faire large écho de leurs confidences.

       Sur le plan  administratif,

Tchad 6

Une prise en charge par le gouvernement camerounais des  victimes au Cameroun des obus et balles perdues en provenance du Tchad, aurait été d’une grande  importance patriotique. Se taire sur ce chapitre  et prétendre exprimer  son soutien aux réfugiés  sont la  preuve de  ce que, les  motivations  cachées  ne sont pas d’ordre humanitaire. On  peut donc comprendre  pourquoi  la chefferie  diplomatique du Cameroun à N’Djamena a  ignoré  M. Victor  TCHENGNOU ( voir : https://psydh.wordpress.com/2017/11/01/cameroun-kousseri-il-y-a-dix-ans-30-11-2007-30-11-2017-un-ancien-de-leglise-de-jesus-christ-jurait-fidelite-a-mammon/ ) sous les  feux croisés des  forces rebelles et de l’armée régulière tchadienne, les 02 et 03 février dernier. Et pourtant, cette équipe  de fonctionnaires camerounais aurait, semble t-il, pris la peine de dire aux compatriotes de libérer le territoire tchadien, sans pourtant considérer toutes les peines que ce malade vit depuis trois mois. L’obus qui désintègre sa porte d’accès à la salle d’hospitalisation  a  failli l’achever. Nous profitons de l’accalmie pour l’exfiltrer du Tchad, moyennant  50 milles francs, pour  un voyage de moins de 45min. Il reste étalé  sous le regard moqueur de nos administratifs, convertis à  l’humanitaire..

Sur  le plan religieux

Ce  chapitre est préoccupant non pas à cause des réfugiés, mais par rapport à notre malade Victor. Je suis surpris que certains hommes d’Eglise aient pris ou bien prennent dans cette affaire, une position partisane, contraire à l’Evangile et non moins hostile à l’avenir du malade pour qui, nous l’avouons, doit sa vie à nos multiples acrobaties :

  • Sur instruction du  Préfet et avec l’assistance du Commandant de Compagnie de Gendarmerie, ce malade est transporté de son domicile de KOUSSERI à l’hôpital du même lieu. Les consignes du chef de terre sont précises :Le malade doit être suivi par les responsables de l’hôpital lesquels lui rendront compte après. L’un d’eux est le Médecin-Chef MOUTCHIE, Pasteur d’une Eglise de Réveil, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à ce sujet. Le bilan plusieurs jours plus tard est clair. Le malade continue de se prendre en charge. Il paye ses soins à notre étonnement…

 

  • Dans notre élan qui consiste à remettre le malade à la disposition de sa famille dans le NOUN, son Patron M. EWANE ESSAME et M. BACHIROU ( responsable du magasin où survint l’accident de Victor) sont contactés. Le précédent qui a supporté presque toutes les charges de traitement se manifeste en versant au malade une soixante dizaine de milles comme contribution aux frais de transport. Le Patron quant à lui se serait déclaré non partant. Dès lors, j’ai saisi son Pasteur, M. Paul TAGNE de l’Eglise Evangélique du Cameroun à KOUSSERI. Mon objectif était de l’amener à persuader son fidèle et Ancien de l’Eglise EWANE de l’urgence qu’il y a  à transférer ce malade auprès de sa famille. Réaction du révérend :

» Nous sommes bamiléké et c’est à tort que Victor ne se soit pas affilié à une des réunions des familles Bamiléké avant son accident(…) Son cas se serait résolu. C’est comme ça que l’on vit. Si vous êtes comme lui(Victor), je vous conseille de changer. Le frère EWANE a beaucoup fait.(..)Je n’irai pas rendre visite à Victor(..) L’Observatoire des droits de l’Homme aime grossir les faits. »

Comme pour dire que le Samaritain qui n’avait aucune filiation ethnique ou tribale  avec la victime battue par des bandits et mourant en plein Carrefour de Jéricho, eut tord de lui venir en aide. Autrement dit, le Révérend TAGNE, Ministre de Jésus-Christ, ne peut  prêter son assistance qu’aux BANDJOUNAIS affiliés à l’Association des BANDJOUNAIS ou BAMILEKE de KOUSSERI… Et le KAPETISME trouve un meilleur  terrain d’expression !

Votre  mot de fin ?

Je remercie  Mme  HIAM, chef  de  Mission à KOUSSERI de  « Médecins Sans Frontières » pour  ses grandes et humbles qualités. Son équipe  et elle forcent  l’admiration. L’humanitaire c’est avant  tout un état d’esprit et non  une  improvisation avec des échos inutilement retentissants. Ce que l’ODH vit  face aux autorités locales est surprenant. Tout se passe comme si,  nos actions devaient  être étouffées par tous les moyens, même des plus subtils. Les réfugiés de notre Camp sont entrain de payer le prix  du long désaccord qui règne entre l’administration locale et nous. Toutes nos initiatives en faveur des Réfugiés sont restées lettres mortes, sans que nous n’en sachions les réelles raisons. Au pire de tout, le HCR par la voix de M. Gilbert LOUBAKI  semble avoir emboîté le pas  et c’est regrettable. Par- dessus tout, nous continuons avec nos modiques moyens de soutenir ses  « âmes perdues » dans l‘attente d’une solution durable. Autant  dire  aux mécènes,  de nous soutenir à leur manière. Cet appel se veut valable pour des crises à venir, car, à défaut de réagir promptement, on s’exposera toujours aux cas non maîtrisables avec des conséquences désastreuses.

Propos Recueillis le  12 / 02/ 2008

                                                                               Et complétés le 26/02/08

Par   PENN  LEANDRE  &  ISSA MOHAMADOU

 

NOTE  DE  LA  REDACTION

L’atmosphère qui est décrite dans cette interview réalisée il y a deux semaines, a connu quelques changements. Si d’emblée ceux-ci sont favorables aux réfugiés, il reste honnête de reconnaître que dans le fond, c’est  toujours du folklore où s’entremêlent des intérêts égoïstes :

  • Après deux semaines de jeûne forcé, presque le 1/3 des réfugiés  installés à KOUSSERI  a  reçu des aliments  qui se résument  essentiellement en :
  • 1kg de farine
  • 1kg de blé
  • 1 kg de riz

Cela voudrait dire aux yeux des curieux qu’une prise en charge est  effective, même si ces dons sont appelés à couvrir plusieurs jours.. Entre-temps, les 2/3  des réfugiés végètent sans nourritures, sans eaux, sans soins, sans argent.

  • Nous avons appris que M. BIYA  a envoyé des vivres aux réfugiés tchadiens. Mais à notre grande surprise, ceux-ci   n’en  ont pas été officiellement  informés. Et puis, sous le prétexte de nourrir des camerounais arrivés de N’djamena, la mafia  administrative s’est déployée. Des colis destinés aux frères du Tchad  sont devenus l’appât de nos « humanitaires de 6 heures ». En amorçant le partage des vivres en l’absence d’un  représentant des supposés ayant droits, le stratagème a été mis à jour. Chaque chef s’est servi, des commerçants locaux ont reçu leur cote part… Et  la fête était belle !
  • Au moment où nous rendons public cet entretien, un Camp de Réfugiés est crée à MALTAM, 33 km de C’est  un pas important qui est franchi. Mais,
  • Quelles sont les dispositions prises pour réellement protéger les plus vulnérables de ces réfugiés (hommes politiques et militaires) qui se retrouvent à moins de 20 minutes de la frontière  tchado-camerounaise ?
  • Quelles sont les garanties de ce spectacle, quand on sait que des réfugiés eux-mêmes craignent des membres (tchadiens d’origine) qui composent  l’équipe  du HCR ?
  • Au-delà des réfugiés, que deviennent les centaines de Camerounais, élèves et étudiants au Tchad qui pourraient voir  hypothéquer  leur année d’études ?

 

http://psydh.com

 

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