MOTION  DU COLLECTIF  DES REFUGIES  TCHADIENS  A MALTAM-CAMEROUN

  • Monsieur le Préfet du Département du Logone et Chari ;
  • Monsieur le Sous-préfet Urbain de  Kousseri ;
  • Monsieur le Maire de la ville de Kousseri ;
  • Monsieur le Commissaire Spécial de la Police de Maltam ;
  • Monsieur le Commandant de la Gendarmerie de Maltam-Kousseri ;
  • Messieurs les Chefs Traditionnels et religieux du Logone-Chari ;
  • Monsieur le Représentant de l’UNHCR de Maltam-Kousseri ;
  • Monsieur le Responsable de la Croix Rouge Française ;
  • Monsieur le Responsable de la Croix Rouge Camerounaise ;
  • Messieurs les Représentants des Associations de Droit de l’Homme ;
  • Messieurs les Journalistes,
  • Mesdames, Messieurs, Chers distingués  invités,

Nous avons  l’honneur  de saisir  cette opportunité  pour remercier l’Etat Camerounais , en particulier Son Excellence  Paul  BIYA Président de la République du Cameroun, de nous avoir accueillis sur son territoire.

En effet, cette manifestation pacifique a pour objectif d’informer l’opinion internationale des traitements inhumains dont nous faisons l’objet depuis près de trois mois en territoire Camerounais.

Vu la Convention de Genève de 1951, relative aux droits des réfugiés, stipulant que ces derniers constituent une catégorie distincte de personnes et ayant donc un Statut Juridique unique. Ce même document mentionne en son Article 8  la Protection et la Sécurité des réfugiés à travers le monde entier. Force est de constater avec regret que le Cameroun, pays signataire de cette Convention ne se conforme pas à ces principes en voulant  délivrer le Statut Sédentaire aux Réfugiés Tchadiens. Plusieurs dons provenant des ONG nationales et Internationales, pays donateurs ainsi que les bonnes volontés au profit des réfugiés ont été détournés.

La gestion du site par le HCR et la Croix Rouge Camerounaise  est calamiteuse et confuse.

Après une marche d’environ 1Km, tous les manifestants se sont rassemblés, sur un vaste terrain en face de l’Antenne de la Croix rouge française pour exprimer leur ras-le-bol. Assis à même le sol, sous une chaleur accablante, on pouvait déjà  lire l’émotion, la tristesse et le sentiment de désespoir sur le visage des manifestants.

En attendant l’arrivée des invités pour la circonstance, les ménagères présentent les casseroles contenant du Sorgho, haricot charançonné et quelques rats, mettant ainsi en évidence, la réalité alimentaire dont les réfugiés sont victimes. Cependant, la MOTION et la PETITION  n’ont pas été lues parce que les rares invités présents ont été empêchés par les autorités Camerounaises d’avoir un contact direct avec les manifestants, sous prétexte que la chaleur était suffocante, dira le représentant du Préfet.

Dans son comble, disons que la manifestation s’est déroulée à 90% dans les conditions escomptées. Puisque les réfugiés se sont mobilisés massivement pour la circonstance. Dans la discipline, les manifestants ont fait preuve de détermination, de courage, de dévouement et d’abnégation pour réclamer leurs droits foulés aux pieds. Le comportement malsain des autorités Camerounaises, a failli créer un climat de débordement des manifestants, n’eut été l’observation stricte des consignes reçues à la veille de l ‘événement par ces derniers.

Par ailleurs, le refus délibéré par certaines autorités Camerounaises, notamment   le Représentant du Préfet, d’être en contact avec les manifestants, empêchant la lecture de la MOTION et de la PETITION, a suscité un magma d’incompréhensions dans les rangs même des autorités présentes, Les Responsables du HCR, les Représentants des Organismes de Défense des Droits de l’Homme. Dans l’ensemble l’objectif de la manifestation a été atteint sauf que, sauf que les manifestants regrettent de n’avoir pas lu la MOTION et la PETITION, compte tenu des  comportements  peu orthodoxes des autorités Camerounaises.

Comme pour dire, «  face au comportement du mouton, vil faut la réaction du berger ».La décision finale qui ressort de cette déception se résume en ces termes :

« TRANSFEREZ-NOUS DANS UN AUTRE PAYS »

(é) LE  COLLECTIF  DES REFUGIES TCHADIENS A MALTAM-CAMEROUN.

MALTAM  le 28 avril 2008

PETITION

Nous, Réfugiés tchadiens  du camp  de Maltam, réunis en assemblée Générale ce jour 27/04/08 :

  • Vu les Conventions de Genève de 1951 relatives au Statut des réfugiés ;
  • Vu les résolutions de ce même document relatif  à la protection et sécurité  des réfugiés à travers le monde ;
  • Considérant le mauvais traitement qui nous  est infligé  par le HCR, la Croix Rouge Camerounaise ;
  • Considérant la mauvaise foi du Gouvernement Camerounais qui cherche à nous délivrer  des Cartes Sédentaires en vue de nous empêcher  de quitter  son territoire ;
  • Considérant le détournement  de plusieurs  dons provenant de plusieurs  pays donateurs au profit des réfugiés  tchadiens ;

Protestons  avec dernière énergie  le traitement  inhumain  et injuste  qui ne respecte pas  les normes onusiennes en faveur  des réfugiés  que nous sommes.

En effet, depuis  notre arrivée  à Kousseri  le 02 février 2008 et transférés  au Camp Permanent  de Maltam en date du 16 février 2008, la situation  ne s’est guère améliorée. L’UNHCR  nous faisait croire que les difficultés que nous traversions  dans les différents sites de Kousseri  étaient  pour un laps de temps et qu’il  fallait patienter  et que  la  situation changerait à Maltam. Mais de concret ne s’est réalisé. Grande est notre surprise d’apprendre que le HCR  se prépare à nous transférer  dans un autre site appelé  LANGUI, situé à 18km de Garoua alors que  jusque là , rien n’est fait pour stopper nos souffrances.

Les raisons de ce déplacement, d’après les responsables du HCR et les autorités, sont liées à la sécurité compte tenu de la proximité du Camp de Maltam par rapport  à N’djamena et aussi l’emplacement  du site sur un terrain marécageux  et donc invivable en saison des pluies(qui est proche dans le grand nord du Cameroun, contrairement au Sud Cameroun, où il pleut depuis plusieurs mois).

Là où le bât blesse, c’est que nos conditions  de vie sont loin amélioréeS, lesquelles  sont entre autres :

  • Mauvaise qualité et insuffisance  de vivres distribués  aux réfugiés  pour un mois (1kg de riz, 2kg de sorgho, 1/2kg de haricot pourri, 5x100g de biscuits,2 verres d’huile).Il n’y a ni sauce, ni énergie pour la cuisson.
  • L’eau est d’une potabilité douteuse. On y trouve quelquefois des rats morts et des feuilles d’arbre, source d’intoxication alimentaire et de décès.
  • Mauvaise couverture sanitaire, manque de produits pharmaceutiques adéquats pour soigner les patients. Trois à quatre cents personnes viennent au Centre de Santé, mais sans solution à leurs problèmes. On délivre des ordonnances aux frais des réfugiés, alors qu’ils devraient être gratuits conformément aux Conventions. Conséquence, plus de dix cas de décès sont enregistrés dans le camp.
  • L’insécurité est quotidienne. Plusieurs cas d’arrestation arbitraires, d’incarcérations et tentatives d’enlèvements des réfugiés par des agents de renseignements tchadiens qui s’infiltrent  facilement au camp des réfugiés sous l’œil impuissant(?) des forces de sécurité  Celles-ci profitent de la misère  dont nous faisons l’objet, pour abuser sexuellement de nos épouses, sœurs et filles ;
  • Le côté éducatif est déplorable. Nos enfants et cadets du primaire sont soumis à une animation scolaire, parce que le corps enseignant chargé  de leur formation est mal traité par l’UNICEF et ne saurait donner le meilleur de lui-même. Pas de matériels didactiques adaptés au contexte tchadien. Le cas des élèves du secondaire et Etudiants, sont des plus alarmants. Leurs statuts  ne sont pas définis et donc pas d’espoir pour eux.
  • Notre site de Maltam est désertique, éolien, polluant puisque situé dans une zone marécageuse ou circulent  scorpions, serpents venimeux et autres animaux féroces : Le Camp de Maltam est à côté d’un parc national.

Nous jugeons inadéquat le comportement  du gouvernement Camerounais qui prône notre sédentarisation alors que le Statut juridique  des réfugiés  est unique  à travers le monde. C’est avec stupéfaction que nous lisons dans le document du HCR local  en partenariat  avec la Croix rouge  et les autorités Camerounaises qui affirment notre sédentarisation sur le sol Camerounais ; chose  toute contraire à la Convention  de Genève  relative au Statut des réfugiés (UNHCR/DPC/DOC.02, 19 novembre 2007 ; intro)

En sus, le HCR  et les autorités Camerounaises négligent les potentialités humaines des réfugiés tchadiens, faisant de nous des paysans ne pouvant aller qu’à LANGUI, cet ancien site déserté par les réfugiés Rwandais et  Centrafricains.

Une  complicité de l’UNHCR et la Croix rouge Camerounaise empêche d’autres ONG telles que  Médecins du monde, Acted , World Vision, Catholique Relief Secours, Médecins Sans Frontières Suisse, etc., de nous venir en aide.

Des sources concordantes font état de falsification  des pièces d’Identités tchadiennes par des Camerounais. L’objectif  étant de profiter des bourses et autres avantages au détriment des ayants droit.

Références des documents faisant état de détournement  des matériels humanitaires :

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés annonce  par son porte parole WILLIAM SPINDLER , l’envoi de 40 tonnes de matériel humanitaire aux réfugiés tchadiens de Maltam. Des mêmes sources, il nous revient que cet envoi est dans l’ordre le troisième pont aérien organisé par le HCR. Et pourtant, rien de tel n’a jamais été reçu. Nous n’en sommes pas au courant encore moins doutons-nous que ces dons aient franchi la région de Kousseri

Ce lien nous apprend ce qui suit : » Le camp  possède actuellement 1060 tentes familiales et 226 latrines, et les réfugiés ont reçu des articles comme des bâches en plastique, des matelas, des couvertures, des moustiquaires, des Jerricans, des cuisinières ainsi que des produits d’hygiène ». Même son de cloche, ces articles n’’xistent nulle part dans notre camp. Jamais arrivés, si non détournés !

De tout ce qui précède, nous réfugiés tchadiens réunis en Assemblée Générale le 26 avril 2008 décidons ce qui suit :

  • La considération et l’application stricte du Statut juridique unique des réfugiés par le HCR (voir  UNHCR/DPC/Doc.02 du 19 novembre 2007, relatif à l’Entretien du HCR sur les défis de la Protection)
  • Refusons catégoriquement la sédentarisation et demandons à cet effet à la Communauté Internationale notre transfert pur et simple dans un pays d’accueil avant le 05 mai.

Passer ce délai, nous nous verrons obligés de quitter le territoire Camerounais à pied à destination d’un pays tiers et prendrons pour responsables, la Communauté Internationale de tout ce qui adviendrait.

Par ailleurs, en guise d’avertissement, une marche pacifique sera organisée le 30/04/08 à 08heures, heure locale. a cet effet, nous invitons les medias nationaux et internationaux  à  y prendre part

                                                                                LE COMITE  DES  REFUGIES

 

RAPPORT  SUR LA MANIFESTATION PACIFIQUE  DES REFUGIES TCHADIENS

DU SITE DE MALTAM-CAMEROUN DU 30 AVRIL 2008

En ce jour, 30 avril 2008,il s’est déroulé une manifestation pacifique, des refugies  tchadiens du Camp  de Maltam-Cameroun, pour la revendication de leurs droits bafoués.

Tout a commencé autour de 08heures par une marche organisée en catégorie de couches sociales. Entre autres, les élèves du primaire, Secondaires, Etudiants et personnes de différentes qualifications, ainsi les personnes vulnérables. Au passage, on peut lire sur les différentes pancartes des manifestants, des slogans tels que :

  • « Trop c’est trop »
  • « Non à la mauvaise gestion du Camp »
  • « Non à l’intoxication alimentaire »
  • « Non à LANGUI »
  • « Non au Statut de Sédentaire au Cameroun »
  • « Oui pour le transfert vers un autre pays »
  • « Oui à l’application de la Convention de Genève de 1951 »
  • «  etc. »

Sur le plan Organisationnel, le Collectif des Réfugiés a adressé des correspondances, 24h avant l’événement, à l’endroit des autorités Camerounaises administratives et militaires, aux Responsables du HCR et ses Partenaires tels que : La Croix Rouge Française, La Croix rouge Camerounaise, l’UNICEF ainsi que les medias nationaux et internationaux et les Organisations de Défense des droits de l’Homme.

Dès 05h du matin, des Coups de sifflets alertent tout le camp et chacun se dirige  vers le lieu indiqué pour le départ.

Nous vivons une insécurité notoire dans le Camp : Arrestations arbitraires et infiltrations des Agents de Renseignements tels que ceux de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS) et des Services des Renseignements Généraux en provenance du Tchad.

La confiscation des biens des Réfugiés par les forces de l’Ordre Camerounaises, alors que dans la résolution  N° 428(V)(g)(2)  du 14 décembre 1950, il est dit ceci : »En autorisant les réfugiés à transporter leurs avoirs, notamment ceux dont ils ont besoin pour leur réinstallation. »

De tout ce qui précède, nous, réfugiés tchadiens du Camp de MALTAM, sollicitons notre transfert  inconditionnel et global  vers d’autres pays.

En conclusion, nous demandons à l’opinion Internationale, aux autorités Camerounaises, aux médias  nationaux et Internationaux, aux Organisations nationales et Internationales  chargées de Droit de l’Homme, de s’investir dans les meilleurs délais à de mettre un terme à nos souffrances.

Le  30 avril 2008

(é) LE  COLLECTIF  DES REFUGIES TCHADIENS A MALTAM-CAMEROUN.

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