anglos kmer

Les cinq dernières années ne sont pas assez tendres pour la sécurité de notre pays. Nos forces de défense et de Sécurité, sont à l’épreuve. Les populations conscientes des enjeux, restent solidaires de leur armée. Rien n’est moins facile. L’Extrême Nord prend des coups sous les affres des combats qui nous opposent aux voyous de Boko Haram. Les Régions de l’Adamaoua et de l’Est sont elles aussi sous la coupe réglée des belligérants centrafricains qui quelquefois multiplient des incursions sur notre territoire et procèdent aux enlèvements. Puis vient le tour des Régions Anglophones, où des grèves réprimées ont muté en revendications séparatistes. Bien gênant de constater que nous soyons aujourd’hui « obligés » de livrer une guerre entre-nous. Que nos soldats et anglophones, soient aujourd’hui des adversaires dans une guerre qui prend des proportions inquiétantes.  En fait, qui est même anglophone au Cameroun ? Comment le devient-on ? Quelle est la différence entre francophones et anglophones ? A quel moment naît la  Camerounité et comment la perd-on ? Avons-nous réellement besoin de franchir la limite du ridicule qui veuille que des armes achetées avec nos impôts, soient celles avec lesquelles nous nous réduisons au silence  ? « Les anglophones méritent d’être combattus de la sorte, pour avoir osé détruire des symboles de l’Etat », clament certains Camerounais.  Et puisque telle serait l’option officielle, que deviendront les prochains jours, les rapports entre Camerounais sous le règne de cette loi du talion ? Que reproche t-on aux anglophones ? Pourquoi ont-ils choisi la voie de la violence, pour faire entendre leurs voix ?

De manière assez froide, l’humilité devrait nous imposer une démarche intérieure qui consiste à interroger la loi de Causalité/Réciprocité. En fait, comment naît la crise ? Quel est le bien-fondé des revendications des séparatistes ? N’avons-nous rien à nous reprocher dans la radicalisation de cette crise ? Avons-nous été polis et attentifs aux cris des anglophones ? Avons-nous amorcé une démarche juste et sincère dans le sens de les écouter et de leur répondre ? Autant d’interrogations et bien d’autres qui forcent à constater que le gouvernement de la république est resté fidèle à son arrogance et toujours  prêt à dicter. Aucune concession n’est obtenue dans ce pays, sans grandes luttes et aux prix de railleries et sarcasmes, à défaut de longues et languissantes génuflexions arrosées de flagorneries. Les deux dernières décennies sont saturées d’exemples qui font douter de la bonne volonté et de la disponibilité des autorités Camerounaises à écouter des discours contradictoires. A défaut de se taire, elles répondent toujours par la répression :

anglo kmer 2  tortures militaires

  • 04 Mars 2001 : Première marche de protestation contre la disparition à Bepanda de Charles et Elysée Kouatou avec 7 de leurs camarades. On parlait alors des « 9 disparus de Bepanda ». Le  Commandement opérationnel est indexé. L’affaire prend des dimensions inquiétantes. La réaction du gouvernement qui ne répare pas le préjudice confirme néanmoins que l’armée s’est mal comportée : le Commandement opérationnel est démantelé, le limogeage du gouverneur de la province du littoral et du général MPAY s’enchaîne. l’arrestation et l’incarcération de plusieurs officiers supérieurs permettent de calmer les ardeurs. Pour la première fois des hauts gradés de l’armée passaient des mois en cellule et devaient être entendus pour des faits qui leurs étaient reprochés. LES NEUFS SONT RESTES INTROUVABLES

 

  • 2006 : le Cameroun atteint le point d’achèvement PPTE, ce qui lui donne accès à des nouvelles conditions financières de développement auprès de la Banque mondiale, et à un léger réajustement de la dette. Mais la misère se généralise.

 

  • 31/12/2007 : Dans son discours à la nation, le Chef de l’Etat annonce officiellement son souhait de modifier l’article 6 alinéa 2  de la Constitution camerounaise – qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux – pour s’assurer un troisième septennat aux élections de 2011

 

  • 06/01/2008 : Marche de protestation organisée par le parti SDF (Social Democratic Front) au départ de Bépanda, quartier populaire de Douala. Environ un millier de personnes participent à ce qui est le début des manifestations d’opposition à la révision de la Constitution.

 

  • Janvier 2008 : le prix des matières premières flambe

 

  • 15/01/2008 : le gouverneur de la Province du Littoral (la région de Douala) interdit toute manifestation publique.

 

  • 07/022008 : le gouvernement camerounais annonce une hausse des prix du carburant. Plus 8 Fcfa sur un litre à au moins 600Fcfa.

 

  • 16/02/2008 : Mboua Massock, leader du parti NODINA (Nouvelle Dynamique Africaine) est arrêté au quartier de Bépanda à Douala où il comptait tenir un meeting contre la révision de la Constitution. Lui, son fils et une militante de la Coordination des Forces Alternatives sont arrêtés.

 

  • 21/02/2008 : fermeture de Radio Equinoxe et Equinoxe TV, chaîne privée. Officiellement pour motifs administratifs. En réalité Equinoxe TV avait diffusé des reportages sur les manifestations, l’arrestation de Mboa Massok et la violence des gendarmes : jets de bombes lacrymogènes et coups sur les civils. La chaine sera autorisée à rouvrir 4 mois plus tard.

 

  • 23/02/2008 : en fin d’après-midi, rassemblement à l’appel du SDF au rond-point Madagascar à douala. Une fois sur place, les leaders présents doivent annoncer que la manifestation est annulée, mais soudain les gendarmes commencent à attaquer la foule à coups de jets d’eau, gaz lacrymogènes, mais aussi matraquent et tirent à balles réelles. La foule riposte et s’organise : projectiles divers, pneus, cocktails Molotov… Un bus de la SOCATUR, transports en commun, a été incendié et les stations services ont été pillées. En fin de soirée il y a au moins deux morts.

 

  • 25/2/2008: Des syndicats de transports urbains et interurbains appellent à la grève, principalement contre la hausse du prix du carburant. L’Armée charge. Six morts. Des magasins chinois sont pillés et la mairie du 5e arrondissement de Douala,  incendiée.

 

  • 26/2/2008: La grève se généralise sur toute l’étendue du territoire. Le gouvernement s’incline et baisse le prix du carburant. FALLAIT-IL ATTENDRE QUE LA RADICALISATION DES GREVISTES POUR ENFIN CEDER?

 

  • 27/2/2008: Fin de la grève. Le bilan est gênant : plus de 400 personnes arrêtées, 18 noyées dans le Wouri lorsqu’elles tentaient d’éviter les gendarmes, 02 morts.

 

  • 28/2/2008: L’armée investit le campus universitaire et procède à la bastonnade et arrestations de nombreux étudiants de Yaoundé 1.

 

  • 29/2/2008: La police confisque le matériel de la Radio « Magic FM » accusée d’avoir offert un espace radiodiffusé aux auditeurs qui critiquaient la gestion par le gouvernement de la crise. Journalistes, hommes politiques, défenseurs des Droits de l’homme, leaders  estudiantins, etc. sont intimidés, Lapiro de Mbanga (RIP), chanteur écope de trois de prison ferme. Il est accusé d’avoir commandité  les « émeutes » et le pillage  des bureaux de la Société des Plantations de Mbanga et ceux du centre des impôts de la ville. Eric Kingué, maire RDPC, parti au pouvoir, de Njombé-Penja  écope de six ans de prison. Sa faute estime l’opinion publique, est d’avoir révélé à la presse le nombre de personnes assassinées dans sa commune par l’armée pendant les « émeutes ». Et aussi laissait-on entendre, pour avoir dénoncé en mars 2008 dans une lettre ouverte à Paul Biya les fraudes fiscales des sociétés fruitières implantées dans sa localité et les conditions d’exploitation des Camerounais employés par ces sociétés.

 

  • Octobre 2016: les anglophones dénoncent la mal gouvernance et des injustices qu’ils subissent en violation des pactes de 1961 et 1972. Les revendications sont fortement réprimées par les forces de l’ordre. Dans la même foulée, le gouvernement suspend la connexion internet dans les deux régions anglophones. Face à ces mesures, les grévistes déclenchent des villes mortes, perturbent l’année scolaire (nous en sommes à deux) et se radicalisent. Ni plus, ni moins, ils exigent pour certains le fédéralisme au moment où d’autres, armes en mains réclament  la sécession.

A qui donc la faute ?

Emmanuel  MOMO

 

 

http://psydh.com

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