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                                    Victor  TCHEGNOU

ou

L’’histoire d’un débrouillard;

Qui prenait comme foulard;

l’incessant sourire et belles promesses;

D’un ancien d’Église, sans  réelles  faiblesses.

Puis vint ce 30  Novembre,

Où le filleul dans un accident de travail ;

Découvre en ce patron, toutes  les  failles;

D’une senteur contraire à l’ambre.

        Victor  TCHEGNOU,  41 aujourd’hui, est l’Invité de la première Édition de notre Rubrique « CARREFOUR JÉRICHO ». Il nous accordait une Interview dans  son lit  à  l’hôpital  de Référence de n’djamena (Tchad) le 21 janvier 2008.  Il faut  préciser qu’il y était admis inconscient le 30 novembre 2007 peu après 12h. Il venait alors d’être victime d’un accident de travail. Abandonné presque un mois sans soins, il a fallu notre pression et  la bonne réceptivité aidant de M. Mamadou Ismaëla, Procureur de la République d’alors, pour que les choses bougent. Le patron de l’accidenté acceptera  enfin, sous pression, de voler à son secours. Dix ans après cette dure expérience, il nous semble honnête de reproduire intégralement cet ENTRETIEN.  Notre vœu étant celui qui voudrait  que chaque Internaute qui lira ceci, puisse laisser jaillir en lui  cette flamme d’amour et de compassion. Et après? Suggérer une piste de salut pour Victor qui a toujours vécu cette décennie durant, dans l’espoir  que « tomorrow might be better « .

Carrefour  Jéricho

(réf. Luc 10: 29-36)

N° 001 du  30 Janvier 2008

 

«  Va-t-on nous  faire croire qu’on cesse d’être Camerounais aussitôt qu’on n’habite  plus le territoire national ? Nos compatriotes(…) doivent se sentir Camerounais partout où ils se trouvent.(…) Depuis 1982, Paul Biya parle de rigueur, moralisation, mérite… Si pendant 25 ans, on n’est pas parvenu à combler le gouffre de l’époque, on imagine aisément qu’il s’est  forcément agrandi. Et que le pays est dans un tel état…c’est l’immoralité qui est devenue la règle au même titre que toute sélection, pas autre chose que le mérite.(…) Nous voulons un Cameroun qui avance avec des gens qui freinent des quatre fers pour faire du sur place si ce n’est qui marchent à reculons ».

Intervenant dans le cadre du football, Joseph Antoine BELL  à travers la réflexion ci-dessus, parue dans les colonnes du « Le Messager » du 18/1/08, décrit  en gros la racine du  mal Camerounais. On n’a  pas besoin d’être opposant politique ou défenseur des droits humains pour le comprendre. C’est un fait, c’est une réalité  de savoir que, le peuple Camerounais est emballé dans une logique  qui lentement et progressivement conduit à sa déchéance. Notre quotidien nous offre heureusement des preuves irréfragables. Entre autres :

  • NJUWOU MOUMINOU, né le 04/01/1950 à FOUMBOT (Noun), conducteur de Camion,  est  victime d’un accident le 08/11/2007 à 33km de KOUSSERI, alors qu’il retournait à Douala après avoir livré du Carburant deux jours plutôt à N’Djamena. Son véhicule de marque MERCEDEZ immatriculé 26.35TR.067A.NW appartient à la Société WENTA COMPANY  Limited de Bamenda, l’employeuse de l’accidenté. Secouru alors qu’il était dans un coma profond, le  quasi-sexagénaire a perdu le contrôle de ses membres inférieurs. Opéré à l’hôpital de Référence de N’Djamena le 19/11 et le 07/12/2007, il peine lui aussi à se prendre en charge après que le PDG de la  WENTA C° Ltd, M. Jean Tassa ( Tél n°.77.99.01.40) ait refusé de l’assister. Raison ?l’accidenté n’est pas son employé. La décision de ce dernier de retourner à Foumban, malgré son état critique, se justifie par son pessimisme grandissant  au regard de sa  survie. Il faut éviter des ennuis post mortem au cas où, il venait à mourir au TCHAD.
  • Victor  TCHEGNOU , menuisier  né le 23 mars 1976 à BAÏGOM (Noun).Il est victime d’un accident depuis le 30/11/2007 à KOUSSERI et se trouve interné  à l’hôpital de Référence de N’Djamena depuis lors. Victime d’une  paralysie des membres inférieurs, il est sans assistance familiale et peine à se prendre en charge.

Face à ces deux cas précis, nous nous sommes tournés plusieurs fois vers les autorités Camerounaises  de KOUSSERI et de l’Ambassade au TCHAD, besoin de solliciter leur intervention sous quelles que  formes que cela aurait pu être. Au final rien, nonobstant des petits rebondissements faisant croire qu’une action était entreprise. La  réalité est celle que nous vivons présentement. Voilà  l’image réelle du Cameroun, admiré de  l’extérieur par des gens peu avisés des pratiques inhumaines de ses Cadres administratifs et militaires. Ces deux hommes, à défaut d’en citer plus, représentent  l’authentique  spécimen  de la grande majorité des Camerounais, contraints à subir la  volonté des autres. Nombreux  acceptent le dictat des patrons esclavagistes  officiellement protégés ; alors que d’autres à défaut de mieux, perçoivent  6.500F de salaire mensuel, dans un pays où le SMIG = 23000F.Rien à faire !

  • Travailler dans une Moyenne Industrie sans Assurance Accident, c’est pas si grave !
  • Travailler sans garantie de la Sécurité Sociale, c’est mieux que chômer !
  • Porter plainte contre un Employeur malhonnête, c’est s’attirer des foudres d’une administration misanthrope, où, affairisme, régionalisme, paternalisme et autres formes de lobbying riment avec complicité et impunité.

« Carrefour Jéricho »  qui est la tribune  des victimes des injustices, consacre sa première Édition à Victor  TCHEGNOU. Celui-ci  nous reçoit  dans sa « prison »  de N’Djamena, où se trame un lugubre scénario aux allures d’un génocide programmé. L’entretien que son amie, un Responsable de cet hôpital et lui nous accorde est à la fois piteux pour l’employé qu’il est et pitoyable pour son sort. Lisez !

ENTRETIEN  n° 1

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  • Que peut-on  retenir de votre séjour dans cet  hôpital ?

Merci (Il s’étire de douleurs) de me passer  la parole. Eh bien je suis arrivé ici le Vendredi 30 novembre dernier après 13h.Je venais d’être victime d’un accident à KOUSSERI (Cameroun)

  • Comment est survenu votre accident ?

J’étais allé comme d’habitude, acheter des planches chez M. BACHIROU.C’est donc dans son magasin que tout est arrivé……Les planches stockées se sont écroulées sur moi. C’est tout. Depuis ce jour-là, je suis paralysé à partir de mon bassin jusqu’aux jambes.

  • Après deux mois, vous semblez encore bien souffrant ….

Bien sûr que oui !C’est difficile de rester étalé  et dans ces conditions ( ndlr:  il fait un geste du bras droit en signe de démonstration)

  • Lesquelles  ?

C’est vaste et je ne sais par où commencer.

  • Allez-y comme vous pourriez……

Je dois ma vie d’abord et surtout à ma femme (ndlr: son amie) qui a su avec pragmatisme, gérer tous les instants difficiles que j’ai connus. Grâce à sa présence, les dons reçus des amis et connaissances, proches ou lointains ont fait l’objet d’un meilleur usage. En dehors d’elle et des amis qui m’ont marqué par leur élan de compassion, je pense que je serais plus ici, s’il aurait fallu  réclamer mes droits avant tout.

  • Soyez plus explicite…..

(Il fronce le visage, douleurs obligent !) Vous voyez, M. BACHIROU  par rapport à la loi est responsable de ce qui m’est arrivé. S’il avait mieux classé ses planches, je n’aurais pas payé de ma validité. Mais tout se passe comme s’il m’assistait malgré lui, ou alors sur pression. Par contre, M. EWANE est mon patron. C’est lui le propriétaire de la Menuiserie. Ces planches que j’allais acheter et en sa présence étaient destinées à son Atelier de Menuiserie. Je travaille avec lui depuis bientôt trois ans. Depuis que je souffre, il me prouve que je suis gênant. Il m ‘évite, bavarde trop et dis des choses peu saines. C’est de la trahison non ?

  • De quelle pression sur M. BACHIROU s’agit-il et de quelle trahison de la part de M. EWANE ?

J’ai été opéré le 24 décembre dernier ; soit presque un mois après mon accident. Les raisons de ce retard n’étaient autres que le manque d’argent. Où se trouvaient MM. EWANE et  BACHIROU à ce moment-là ? L’ODH a dû batailler dur pour que ces hommes, sous pression me dit-on du Procureur, puissent verser les frais exigibles  avant l’opération. Et après l’opération, me voici sans  soins et avec des arriérés des frais d’hospitalisation. Le  pire n’est-il pas à craindre ?

  • Voudriez-vous dire qu’après votre opération chirurgicale, vous êtes sans soins ?

(yeux larmoyants) Regardez cette sonde, on l’aurait déjà retirée. Je manque d’argent pour rencontrer l’Urologue. Il y a quelques jours, cet endroit semblait dégager de mauvaises odeurs. Ce qui me vaut aujourd’hui des soins intensifs d’antibiotique. Lesquels, on aurait évités en temps normal.

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  • N’aviez-vous donc pas des économies ? pas de famille pouvant voler à votre secours ?

J’en avais, c’est la moindre des choses pour un débrouillard. Mais combien peut-on épargner en travaillant chez un Employé noir ?C’est vous dire que l’essentiel de mes réserves s’est évanoui, dès que la cloche de mon destin a sonné. Parlant de ma famille, je vous apprends que ma mère ( le père n’est plus !) s’est évanouie, lorsqu’elle a appris ce qui m’est arrivé. Que pouvait-elle faire, puisque je suis le support de la famille ? Elle est pour l’heure, malade et au chevet d’un de mes cadets……

  • Un message ?

J’ai des questions à poser ….

M. EWANE :

Grand frère, vous  dites toujours combien vous êtes chrétien. Combien le mal est à éviter…Comment interprétez-vous le traitement que vous m’infligez ?C’est ça être Chrétien ? Jésus nous regarde !

Vous dites toujours que vous avez des relations, que KOUSSERI c’est vous…., est-ce pour cela que vous m’abandonnez sans la moindre assistance ? Où est votre humanisme tant prêché ? Qu’aviez-vous fait de mes trois années de loyaux services dans votre Entreprise ?Pourquoi vous agitez-vous tant ? De quoi avez-vous peur ? à qui profite mon malheur ?

M. BACHIROU

Je garde les souvenirs des propos de M. EWANE qui, dans cette salle d’hospitalisation, disait en présence des témoins, que vous n’êtes pas n’importe qui et qu’on ne peut pas vous attaquer à la justice n’importe comment, parce que le Procureur de KOUSSERI est votre frère Foulbé. Est-ce pour cela que vous refusez de me soutenir dans cette dure épreuve, alors que vous connaissez vos responsabilités ?Merci déjà pour tout ce que vous aviez pu faire jusqu’à présent.

 ENTRETIEN  n° 2 – Aïcha, son amie parle

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  • Madame , vous avez écouté votre époux tout au long de notre entretien…. Qu’avez-vous à compléter ?

Je  remercie d’abord tous les amis et connaissances, pour leur fervent élan de solidarité. J’avoue qu’à défaut de cela, nous ne serions plus ici. Car, ceux sur qui nous comptions plus, nous ont faussés  chemin. C’est aussi la vie !En plus de ça, vous l’avez d ‘ailleurs remarqué, VICTOR est immobilisé depuis deux mois. Cette position couchée lui vaut des escarres aux fesses et au sexe. Cela devient difficile à juguler puisqu’à chaque reprise, il doit changer de position, étouffant donc ces plaies qui tardent à guérir.

  • On comprend qu’il est donc complètement dépendant ….

Eh bien oui ! En plus de sa toilette, je me dois de vider la poire aux urines qui traversent par la sonde. Après cela, il faut extraire manuellement ses selles, à défaut, il les évacue inconsciemment. A ce  stade de la guérison, sa rééducation exige une série de 300 mouvements sur ses jambes et par jour…….

  • Qu’en est-il de son alimentation ?

Dure, dure, dure …..c’est très coûteux et inadapté au patient. En tout cas, nous sommes dans une région sahélienne où, les aliments les plus accessibles sont essentiellement des céréales. Or VICTOR devrait consommer plus de Vitamines et des calories. Ce qui n’est pas très visible dans sa bouillie, ignames et riz  quotidiens.

  • On vous a vue très pâle , lorsque votre époux répondait à nos questions..Peut-on en savoir les raisons ?

C’est simple !Qu’il plaise aux dirigeants du Cameroun de revoir les motivations qui concourent à la nomination aux postes de responsabilité. Nous avons  honte d’être Camerounais. Rendez-vous compte que les Responsables de l’Ambassade, sans forcément nous offrir un don, n’ont pas daigné savoir ce qui se passe à leurs concitoyens en terre étrangère. Et pourtant, c’eût été une source de motivation. Regardez  SARKOZY qui s’est rendu au Tchad, parce que ses concitoyens y étaient en difficulté. Et pourquoi pas, un diplomate qui rendrait (ou enverrait un de ses collaborateurs) une simple visite de réconfort à ses compatriotes gravement malades et hospitalisés ?

  • Votre mot de fin ?

La santé de VICTOR  passe avant. Je suis contre ceux qui, au lieu de secourir le malade, ont voulu exploiter ce malheur comme fonds de commerce. Ils se reconnaitront ! Si Victor avait une police d’Assurance, son Assureur aurait fait  l’essentiel…. Comprenez-moi !!

ENTRETIEN  n° 3 – Maurice Ngartogbe, Surveillant Service de Chirurgie Viscérale se prononce….

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  • Monsieur bonjour, que peut-on retenir de façon globale de la carte médicale de M. Victor TCHEGNOU ?

Merci de me donner la parole. Franchement, vous devez reconnaître que, plus on passe du temps ici, plus le cas se complique. Victor est un patient invalide, puisque paralysé. Sa longue position couchée a provoqué bien d’autres lésions qui finissent par être difficiles à soigner. Aux médicaments coûteux, se greffe  une opération chirurgicale qui a coûté très chère laquelle impose un suivi aussi coûteux. Voilà son problème urinaire qui crée un milieu de culture.

  • Nous l’avons trouvé sans soins….

(exclamatif) Non ! nous faisons ce qu’on peut. Il se trouve dans la stricte logique de son traumatisme ;à  cela s’ajoute son incapacité à se prendre réellement en charge.

  • Que doit-on  comprendre par « incapacité de prise en charge » ?

Il occupe une chambre de la 2è catégorie (deux lits + climatisation) qui lui revient au quotidien à 4000 FCFA. A ce jour,(21 janvier 2008) il accuse des arriérés de 16 jours. Cependant, il pourrait dès règlement de cette facture, occuper une chambre de 3è Catégorie dont la journée lui reviendra à 500F.C’est le moins que je puisse en dire…

  • Qu’adviendrait-il si enfin de compte, il ne parvenait pas à régler cette dette ? Une expulsion…… ?

Nous n’expulsons pas. Mais les mesures que nous prenons, ne seront pas de nos jours à sa faveur. Rendez-vous compte qu’un patient en phase  postopératoire se  retrouve sans soins. C’est dangereux puisqu’il devient la cible de toutes sortes d’infection. Nous avons une vocation humanitaire et formulons le vœu que de telles situations n’arrivent point. Vivement qu’il guérisse !

  • Son avenir ?

Des spécialistes sont à son chevet. La suite dépend de leur appréciation. Pour l’heure, Victor devrait d’abord franchir l’étape de l’Urologue qui, après consultation, le renverra auprès de la Chirurgienne. Tout ceci nécessite des charges incontournables, voyez-vous ! Ces étapes passées, nous saurons alors ce qu’il en sera de son avenir.

  • Votre mot de fin….

Je vous remercie de cette démarche et formule les meilleurs vœux de guérison pour ce jeune qui a encore beaucoup à apporter. Restons optimistes !

                                                                                                Propos recueillis le  21 janvier 2008 et Reproduits in extenso le 30 Octobre 2017

Par  Emmanuel  MOMO

 

 

 

 

                                                                                    

 

 

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