boko haram

De l’accalmie dans le conflit contre boko haram, 

à la résurgence des attaques et enlèvements…

Manquements, Risques, Analyses et Suggestions.

 Notre  Invité s’exprime …….

On croyait la situation complètement maîtrisée dans le LOSATSA ( zone rouge ou espace constitué des départements du LOgone et Chari, Mayo-SAva et Mayo-TSAnaga) , notamment avec la disparition des opérations kamikazes  dont la fréquence était quasi régulière. Cependant, nous constatons que le Mayo-MOSKOTA, dans le département du Mayo-TSANAGA, affiche encore des failles dans la logique du dispositif mis en place par les pouvoirs publics. Il n’est pas inutile de souligner qu’entre Avril 2016 et Juin 2017, l’arrondissement de Mora a enterré 34 Agents de Comités de  Vigilance (ACV). Pendant ce temps, la localité de MOGODE est la cible d’enlèvements sporadiques et  MOZOGO le théâtre de plusieurs autres attaques répétitives de voyous dont la chronologie se présente comme suit :

  • 08-09 Mai 2017 (autour de 23h) : deux jeunes enfants sont enlevés à VOUZI et deux parents égorgés.
  • 11 Mai 2017 : Les assaillants reviennent et emportent les vivres et bétail.
  • 27 Juillet 2017(dans la nuit) : M. KATOUWERE VATSAMA, ACV est égorgé au lieu-dit
  • 05 Septembre 2017 (nuitamment) : Trois hommes sont égorgés, Un blessé, 04 Enfants kidnappés, 63 maisons brûlées à DZABA.
  • 26 Septembre 2017: tôt le matin au lieu-dit  GOLEDJE, kidnapping de deux  personnes à savoir : Messieurs KOLEFTE VAGSSA et HAMIDOU GODJEO.
  • 26 Octobre 2017 (autour de 2h) : Trois dames Kamikazes se sont faites explosées à MOZOGO. Elles sont les seules victimes de la bêtise.
  • 27 Octobre 2017, peu avant minuit : Deux combattants de BH lourdement armés sont arrêtés à Gansé (Mayo-Sava). Ils venaient d’être dénoncés par les leurs, après qu’ils aient pris ensemble le souper..
  • 29 Octobre 2017, dans la nuit, douze personnes sont égorgées non loin de Gréa, arrondissement de KOLOFATA, Département du Mayo-Sava.

Nous avons de loin observé cette réalité, discuté avec de nombreux ACV de cet espace pour plus tard appréhender du moins à notre niveau, quelques ressorts cachés de cette insécurité permanente. C’est donc naturellement que nous proposions l’été dernier, des FORMATIONS DE RENFORCEMENT DE CAPACITÉ des ACV. L’initiative qui n’avait rien de mercantiliste, est mal perçue par de nombreux Chefs de terre. Deux  dans cet espace autorisent la tenue de ces formations, d’autres s’y opposent sans réellement convaincre. L’un d’eux dira que « la question est sensible, il faudrait bien que je sollicite l’aval du préfet ». Ce  Préfet d’ailleurs informé quelques semaines plus tôt et qui ne nous a jamais exprimé son refus conformément à  la bienséance administrative. Un autre dans un élan qui frise bon an, mal an  la quête du profit, demandera ce qu’il avait à gagner en contrepartie. Faut-il ne pas relever le cas de cet autre  Sous-préfet  qui, prêt à délivrer l’autorisation de manifestation, se laissera distraire par un Policier soûlographe dont la  carrière aride d’exploits a cristallisé en lui, tout ce qu’un homme a de bestial. Connu pour ses aptitudes  à la médisance,  à la raillerie et qui sans trop convaincre dira que notre initiative est  une « affaire d’argent, par des gens incompétents en la matière », non sans rappeler que les Organisation des Droits de l’Homme existent pour dénoncer et non pour assurer des formations de cette envergure. Une position assez grave qui mettait en relief toute son ignorance, bercée par une apparence qui  désillusionne. L’habit ne fait vraiment pas le moine, ne dit-on pas ?  Après tout, nous constatons plusieurs mois plus tard que rien n’a changé. La pseudo-compétence avouée d’en face, n’a rien initié pour contredire notre approche. Le LOSATSA  n’est pas  réellement à l’abri de toute attaque. La situation est intacte et  nous nous donnons  le devoir de nous prononcer sur la question. Il faudrait bien que chacun à son niveau sache le rôle qui est sien dans cette guerre d’usure. Pour y parvenir, nous donnons la parole à l’un de nous. Son nom est  MOMO  KENNE  Emmanuel. Ses recherches sur le sujet, lui donnent la latitude de se prononcer sans état d’âme.  Le tout pour nous n’étant  pas de raconter ce qui se passe, de publier  le bilan des attaques, mais surtout de comprendre les faits, de les analyser et puis de suggérer des solutions. C’est ce qui compte dans une entreprise citoyenne.

ENTRETIEN

IMG_20171016_131236

 

Emmanuel  MOMO-KENNE

ODH : On a trop glosé sur cette affaire de BOKO HARAM, du terrorisme, etc. Mais le planteur de Mayo-Ouldemé, d’Ambam, de  Yemekout, de balatchi, d’Akwaya,  de besongabang, de fondjomekouet , de toumaka, de foréké, etc.  voudrait savoir en français facile, ce que c’est que le terrorisme..

Emmanuel K. MOMO : Le mot  « terrorisme », laisse voir en filigrane l’image de la terreur. Qui parle de « terreur » fait aussi référence à la peur, à la panique. Le terrorisme peut donc être perçu comme tout acte qui est source de peur.  Tout élan de vengeance donne naissance à une forme de terrorisme. L’homme qui répond à une provocation est un terroriste qui s’ignore. Tout acte de mépris, toute forme de rappel à l’ordre qui se fait sous fond moqueur, entre dans le cadre d’acte terroriste. Celui qui se suicide s’auto-terrorise. Un peu plus au-delà, le terrorisme s’entend comme étant une volonté délibérée  soit  d’EXIGER  plus de considération de l’autre, soit de lui PROUVER  qu’on est au-dessus ou plus fort qu’elle ou que lui. Quelquefois une douloureuse séparation entre partenaires, peut justifier chez l’un ou l’autre des élans terroristes. Que dire d’un employé abusivement licencié, d’un PDG ou Ministre viré, qui décide de tout déballer  au grand public ? Sur ce, je peux naturellement conclure en paraphrasant le sage pour dire que : « chaque homme porte en lui, la forme entière du terrorisme ».

Si nous sommes par essence tous des terroristes, quels sont selon vous, des indices palpables de cette nature terroriste qui serait nôtre ?

Dans l’histoire de la  Grèce et de Rome, deux faits majeurs retiennent mon attention :

  • La Condamnation à mort de Galilée et Socrate, simplement à cause de leurs idées contraires aux convictions locales et en vigueur.
  • Le Schisme papal qui opposa les pro-Rome aux pro-Avignon fut une émanation terroriste :
  • La princesse MOROZIA (maîtresse du Pape Serges III, mère du Pape Jean XI et grand-mère du Pape Jean XII) étrangle le Pape Anastase III.
  • Jeanne d’Arc et Patrick, meurent dans les flammes de l’inquisition instituée par le Pape Innocent III ;
  • Le Pape Jean XII, adepte du viol des veuves et des vierges, est tué en plein acte adultère ?

AU CAMEROUN, QUELQUES FAITS NON EXHAUSTIFS

  • Printemps 1960: Les nationalistes pendant les guerres d’Indépendance firent usage du terrorisme. Nous avons pour illustration des Maisons incendiées ici et là, marchés détruits, femmes enceintes éventrées, catéchistes arrêtés, torturés et très souvent abattus. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de souligner le cas du regretté  ALOYS TAPIEMENE, dont un établissement Secondaire mythique porte le nom à MBOUDA. Il fut catéchiste et très engagé dans la foi.  Il est fusillé au  Printemps 1960  non loin de la Mission Catholique  St Jacques de Bangang (dans les Bamboutos) par  les nationalistes qui ne purent obtenir de lui, son désengagement du Catholicisme « bras séculier du Colon. »
  • Automne 1970 ; quelques mois après l’arrestation  de Monseigneur  Albert  NDOGMO, le Chef de son Village,  Sa Majesté le Dr  Paul KANA, Chef supérieur BAFOU dans la MENOUA, prend position et suggère à AHIDJO une correction exemplaire contre le prélat. « Lorsqu’un fruit est attaqué par un ver, il vaut mieux protéger le fruit (…) », déclarait-il dans sa  motion de soutien. Le fruit étant le Cameroun et imaginez qui incarnait le ver….
  • Années 2000 :
  • Les natifs du Nord-Ouest installés dans les principales villes du Sud-ouest, sont victimes d’actes de vandalisme et priés de rentrer « chez eux ». Les natifs du Sud-ouest  au cœur de ces opérations xénophobes  les qualifiaient de «  come no go », traduction phonétique de « envahisseurs ».
  • des élites natives de la région du Centre et au rang desquelles, des figures politiques bien connues, s’opposent ouvertement et publiquement et par des actes  violents, à  la nomination de Mgr  André WOUKING  au poste d’Archevêque Métropolitain de Yaoundé.

De votre définition du terrorisme au contexte marqué par BOKO HARAM, où se situeraient les similitudes et les différences ?

Assez. Je n’en que quelques unes : Boko Haram naît des frustrations des couches sociales désœuvrées. En fait, ceux qui s’agitent aujourd’hui tiennent  à la genèse de leurs revendications, l’instauration d’une société nigériane équitable où la bonne gouvernance et le bien-être des populations constitueront la chose la mieux partagée. Ont-ils tord de se plaindre, quand bien même la violence, comme moyen utilisé et qui naît de la radicalisation du mouvement, n’est  pas l’idéal ? Il faut exploiter les statistiques pour se rendre à l’évidence de ce que les  gouvernements successifs de LAGOS puis plus tard  d’ABUJA[1], de  GOWON  YACOUBOU (1966-1975) à  OLESEGUN OBASANDJO[2] II (1999-2007) n’ont  rien fait pour améliorer les conditions de vie des populations du Nord. Le mécontentement se comprend, la douleur se ressent, les chiffres[3] parlent d’eux-mêmes :

  • 60 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, indice d’une extrême pauvreté.
  • Les 12 États composant la ceinture nord de la fédération — aux frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun — restent les moins développés du pays.
  • Les inégalités se sont même creusées avec le Sud depuis le retour d’un civil, l’ancien Général OLUSEGUN OBASANJO, à la présidence en 1999, après les cinq années de dictature du général Sani ABACHA.
  • Dans l’Etat de BORNO, où les yusufiyas de Boko Haram — du nom de son défunt chef spirituel, Ustaz Muhammad Yusuf — ont entamé leur dérive sanglante, les trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté.
  • Seuls 2 % des enfants de moins de 15 mois y sont vaccinés.
  • L’accès à l’éducation se révèle également très limité : 83 % des jeunes sont illettrés ; 48,5 % des enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas.
  • 34,8 % des musulmans de 4 à 16 ans n’ont jamais fréquenté une école — pas même une école coranique : « Autant de facteurs qui rendent la population particulièrement vulnérable aux influences négatives, dont la violence »

            Ce qui précède permet de comprendre que la secte BOKO HARAM repose sur une idéologie (purement religieuse) tout comme ce fut le cas des nationalistes de l’UPC, qui eurent une idéologie purement politique avec pour épicentre, l’ INDEPENDANCE EFFECTIVE et la RÉUNIFICATION du Cameroun. Les moyens de lutte sont quasi modernes dans les deux sens. L’Occident impérialiste est perçu comme la cible de tous les temps. Voilà la similitude. Par contre, la grande différence se situe au niveau des manifestations. BH a étendu ses tentacules au-delà du Nigeria  pour embraser la sous-région du bassin du lac Tchad. Contrairement aux Nationalistes Camerounais dont les revendications étaient circonscrites dans  l’Ouest, Littoral (Mungo et Wouri), le Centre-Nord (Nyong-Ekellé), et une partie du SUD . Globalement  le  terrorisme dans ces deux instants de l’histoire, se présente comme une réponse à l’arbitraire et aux injustices.

Peut-on dans la logique des évènements survenus le 1er Octobre dernier dans les Régions anglophones du pays, parler de terrorisme ?

Je ne suis pas assez outillé sur la question pour me prononcer. Cependant, j’ai lu des dépêches qui faisaient état de l’explosion des bombes perpétrée par des civils qui seraient aux arrêts. Mais aussi ai-je appris que l’armée a utilisé les balles réelles pour imposer l’ordre. Et la question sans  réponse que je me pose est de savoir si l’explosion des bombes était antérieure ou consécutive à la réaction féroce de l’armée. Je ne pourrais donc conclure, sans avoir tous les détails en main.

 « (…) Dans une Afrique souvent en proie à divers conflits, le Cameroun est l’un des pays du continent qui jouit d’une stabilité et d’une paix assez peu répandues. Ceci n’est pas le fait du hasard. Les Camerounais, dois-je le redire, sont profondément attachés à la paix et à la stabilité de leur pays » déclare Le Chef de l’État Camerounais dans les colonnes de l’hebdomadaire SUISSE LES AFRIQUE du 21-10-2010. Quelle lecture vous en faites-vous ?

Cette  déclaration du Président Camerounais  remonte à 7 ans et les motivations je m’en convaincs seraient plus vieilles que sept années. Comment est-elle perçue  dans le contexte actuel ?  Trois faits majeurs guident mon appréciation :

  • Il parlait de paix civile dans un Cameroun qui est resté en état de non-conflit. Sur ce point, rien n’à redire.
  • En 2010, il est sous l’influence d’un contexte : La grève de la faim qui agite le pays en Févier 2008 est vite maîtrisée et l’ordre public établi. C’est un argument de poids.
  • Boko Haram à cette date-là, n’avait encore effectué la moindre incursion sur notre territoire. Bien que victime de ce groupe terroriste, il reste évident que l’attaque est venue de l’extérieur. Autre preuve de ce que le Camerounais n’en est/était pas associé. Il est attaché à la paix. Mais est-il en paix ? De là, sera-ce possible de conclure que chaque Camerounais vit en paix dans cet îlot de misère et de corruption généralisée ? Peut-on l’être dès lors qu’on vit mal, On n’arrive pas à se soigner ? Doit-on clamer haut et fort que nous baignons dans la paix, alors que la tricherie, le « jong » (entendez jongleries) comme cela se dit au quartier, est l’option la mieux partagée pour une population qui largement ne vit plus, mais survit ?

Baisse considérable ou mieux,  disparition des opérations kamikazes à travers le LOSATSA…. Peut-on sur cette base penser que les moyens mis en place par le gouvernement  pour l’éradication du terrorisme portent de bons fruits ?

Oui et non. Oui parce que les réalités le prouvent à  souhait. La forte mobilisation de l’appareil de l’État autour de la question, permet de lire ce que vous et moi constatons. Non, parce que la baisse des opérations kamikazes n’a aucun rapport avec le baromètre d’évaluation des activités de Boko haram chez nous et  aussi parce que le terrorisme comme activité, n’a pas SEULEMENT besoin d’une grande mobilisation des hommes, des armes et des populations pour être éradiqué. Boko Haram n’est que la face visible d’un mal que nous hébergeons depuis de lustres. L’éradiquer exige mieux que ce qui se passe.

Comment expliquez-vous votre position selon laquelle « la baisse des opérations kamikazes n’a aucun rapport avec le baromètre d’évaluation des activités de Boko haram » ?

Nous devons comprendre qu’une organisation terroriste comme Boko Haram, a une structure assez complexe, pour qu’un seul compartiment serve d’évaluation de tout le système. En principe, on devrait y trouver trois LEADERSHIPS : Opérationnel, Politique et Spirituel. Un SERVICE de Renseignement et de Reconnaissance et Un SERVICE de Sécurité et de Contre-Intelligence. Pour ne citer que cela. L’espace et le temps  qui me sont impartis ici, ne me permettent  pas  d’expliquer de fond en comble cet organigramme. Cependant, retenons simplement que les Kamikazes qui s’agitent et créent la terreur, pourraient appartenir au leadership spirituel dont le fonctionnement est complémentaire à celui des autres Leaderships. En outre,  connaissez-vous la marge de manœuvre des autres leaderships pour subordonner l’apparent mauvais état de santé de la secte à la faible fréquence des opérations suicides ? Même la baisse des combats ne saurait nous rassurer du déclin de la force de frappe de ces voyous. Ce serait vite conclure.

Plusieurs indices non négligeables traduisent forcément que ces terroristes sont en difficulté….devrait-on négliger cet aspect-là ?

Lorsqu’en  2013, trois cent dix Étudiants en fin de formation à l’École Normale Supérieure (ENS) de Maroua ne sont pas autorisés à recevoir leurs diplômes de Sortie, simplement parce qu’ils avaient tous de faux baccalauréat, est-ce que cela signifiait  que toutes  nos Grandes Écoles du Cameroun souffraient des mêmes tares ? Un bras malade ou paralysé, est-il aussi influent pour anéantir le fonctionnement général de tout le corps ? Dans tous les cas NON. C’est dire que le volet Opérationnel de la secte  serait soit affaibli, soit en train de se reconstituer après de lourdes pertes (ce qui est plus probable), soit en train de s’arrimer à d’autres méthodes de combat. Auquel cas, il reste pour nous risqué  de penser que toute accalmie en temps de guerre est synonyme de capitulation. Et le cas qui nous préoccupe, m’interdit de penser que tout est fini avec ces canailles et crapules. Leur marge de nuisance restera grande et encombrante aussi longtemps que nous les croirons, comme on dit au quartier, « dans la sauce ».

Qu’est-ce qui vous fait penser avec autant d’assurance que BH est capable de surprises, après tous les raids et pertes qu’il a subis ?

Ceux qui meurent au combat ou dans les attentats suicides, ne représentent pas la tête pensante de BH. Que cela soit clair dans nos analyses.

IMG_20161124_094642

Une Kamikaze qui s’est faite exploser le 24-11-2016 à Mora. L’armée doit l’achever par une balle au ventre, afin de désamorcer le deuxième engin qu’elle portait et qui n’avait pas explosé

Ils ne sont pas capables de piloter le SERVICE DE RENSEIGNEMENT et de CONTRE-INTELLIGENCE de la Secte ? Rêvez-vous pour conclure que le LEADERSHIP POLITIQUE soit  irrigué par ces gens qui portent des charges explosives ? C’est vous dire que le cerveau de toute Organisation terroriste  est un homme qui n’a pas faim, il est très instruit et se trouve à l’abri du besoin. Parcourir de nuit des pistes sinueuses de notre forêt n’entre pas dans ses choix. C’est quelqu’un qu’on peut retrouver derrière des mouvements religieux pentecôtistes et/ou orthodoxes, des mouvements du New-Age, ONG internationales, les Représentations diplomatiques, etc. C’est un homme est très souvent porteur de passeports diplomatiques. Il est d’autant plus bien organisé, qu’il ne saurait peser sur lui, le moindre soupçon.

Si les têtes pensantes de tout mouvement  terroriste  à l’instar de BOKO HARAM, peuvent se retrouver dans les mouvements religieux et philosophiques, ONG internationales, représentations diplomatiques, etc. , quel regard avez-vous donc de tous ces organismes humanitaires qui sillonnent le LOSATSA et offrent leur soutien aux populations ?

Beaucoup de respect…Leur appui est incontestablement salué dans une zone où misère et pauvreté avaient déjà fait leur socle. Cependant, il appartient au gouvernement de s’assurer de ce que, tous ne font que ce qu’ils ont prévu faire. Que les enquêtes de terrain que ces ONG initient ne soient pas sources d’ennuis futurs. On ne peut pas indexer  et se méfier de toutes les ONG internationales, ce serait maladroit et insensé.  Pour autant , toutes ne sont pas sérieuses. La gestion à l’EST du Tchad de la crise des réfugiés du Darfour, a étalé d’énormes faiblesses et contradictions des missions réelles de ces organisations. L’ONG « Arche de ZOE » a défrayé la chronique avec son implication dans le  trafic d’enfants au Tchad. Voyez-vous le drame ? J’étais au Niger et plus précisément à Maradi, la capitale économique, lorsque sous mon regard ému une de ces ONG dont je tais le nom déménageait sur hautes instructions du Général  Mamadou TANDJA, Chef de l’État. Comment pouvait-il décider ainsi, alors que cette ONG offrait aux populations locales, des emplois décents ? La réalité était toute autre.  La sécurité nationale était de loin  préférable aux emplois à revenus faramineux dont bénéficiaient les Nigériens. Nous l’avons compris plus tard. Lorsqu’on bienfaiteur entre chez vous, rassurez-vous de ce que ce qu’il gagne en contrepartie ne vous sera pas nuisible le lendemain, puisque dans tous les cas, « une main qui donne, ordonne.. ». C’est donc dans ce sillage que nous pouvons comprendre les raisons pour lesquelles chaque fois que ces ONG  se sont mobilisées par des actions fortes, le malaise politique s’est toujours empiré. La SOMALIE, Le LIBERIA (avant Mme Sirleaf), le Congo-RDC depuis son re-baptême jusqu’à nos jours, la RCA jusqu’à nos jours, Haïti depuis la chute de Jean-Claude DUVALIER jusqu’à nos jours, etc.

On a remarqué que du côté de Mozogo, dans le département du Mayo-Tsanaga, ces gens ont multiplié des incursions ces derniers mois, emportant bétail et nourriture. Comment interprétez-vous cette réalité là ?

Les terroristes sont à l’abri du besoin. Il faut bien que je le rappelle. Ils n’ont pas besoin de surprendre de nuit pour vider les marmites de nourriture, emporter des isothermes ou thermos de thé, emporter le bétail, etc. Même si ce type d’opération peut arriver, cela ne se passerait pas de manière aussi pittoresque. Il reste clair  que les cas vécus du côté du mayo-moskota ne sauraient à mon avis  être l’œuvre de BH.  Je persiste à penser que ces visiteurs nocturnes  seraient  des voyous et affamés qui nous côtoient de jour et la nuit tombée, se déguisent et opèrent. D’ailleurs quels sont les enjeux  lorsqu’un enfant d’un petit village  du  Cameroun est  kidnappé sans bruit, les ravisseurs refusent d’en faire large écho, mettent en garde les familles-victimes qui sont interdites d’en parler aux autorités et  libèrent les otages contre une rançon taillée sur mesure ? Retenons que BH comme tout mouvement terroriste au sens moderne, vise des symboles de l’Etat. HISSEIN HABBRE en 1974 dans  le maquis, enlève Mme CLAUSTRE, l’ethnologue  française. Après l’avoir  assassinée au bout de ses trois ans de captivité, il fit abattre à son tour le  Commandant  GALOPIN, officier  français venu négocier la libération de l’ethnologue.  Il s’agit là ni plus ni moins d’un acte terroriste à fort retentissement.  Le reste est l’œuvre des bandits…Cessons d’en faire une pub contreproductive.

Comment expliquez-vous votre attitude lorsque vous affirmez que « Boko Haram n’est que la face visible d’un mal que nous hébergeons depuis de lustres. »

Vous êtes-vous demandé comment naît  Boko Haram ? Comment ce mouvement  a-t-il poussé ses tentacules chez nous ? Voilà toute la question.  En fait, tout part du mépris, de la torture, de la négation humaine, du déni de justice quelquefois constatés  ça et là, de l’enrichissement illicite, de la corruption à grande échelle, etc. Tous ces maux sociaux ont pour conséquences la révolte. BH a su exploiter certains indices de misère, pour recruter massivement dans la sous-région. N’allons pas loin pour remarquer  que le camerounais par essence, dans sa grande majorité de nos jours, est un homme peu gai. Justement parce que la cause des faibles, des pauvres, des moins nantis, des minorités, n’est pas toujours entendues. C’est important de le dire. Et tout cela nous expose à toute forme de révolte dont  BOKO HARAM pour le cas de figure, n’en est qu’une de multiples possibles expressions.

Vous reconnaissez la paix civile qui règne au Cameroun, et remettez en question le fait que les Camerounais soient en paix ?

La paix civile est le fait d’aller et venir librement. C’est un état de non conflit. La paix intérieure est celle que vous gérez dans vous-même. Elle est intérieure. Elle nous cajole, nous effleure, nous caresse à longueur du temps. Sur ce point, je dis que la grande majorité des Camerounais  est en pleine guerre intérieure. Ce qui ne les empêche pas, au nom de cette paix civile aimée et protégée de combattre Boko Haram dont les méthodes ne sont pas partagées. BOKO HARAM  comme groupe terroriste  est une forme d’expression de révolte qui n’est pas acceptée. Et puisque nous sommes en pleine guerre intérieure, chacun l’exprime  à sa façon. Lorsque le Capitaine ONDOUA se fait abattre par un Gendarme à Kousseri à quoi pensiez-vous ? Lorsque trois mois seulement après l’incident de Kousseri,  le Chef de Bataillon  AYISSI  est à son tour abattu par un jeune militaire à Mora, qu’est-ce que cela fait appréhender ?  Et puisqu’il les actes  terroristes ne sont pas l’apanage des hommes en tenue, il n’est pas exagéré  de rappeler qu’un Préfet dans la Région du Sud, il y a plusieurs années, avait publiquement giflé son policier de garde-corps. Sommes-nous si loin de cet autre Préfet dans l’Extrême-Nord qui, il y a quelques semaines, a cravaté et menacé de bastonner son 2è Adjoint, dans une logique où le Préfet de nature impulsif, moqueur et arrogant avait largement  tord ? C’est toujours le terrorisme incarné par des hommes que la société croit être des modèles. Et pourtant !!!

De là, quelle lecture faites-vous de la guerre contre boko haram ?

Des spécialistes se sont mobilisés autour de la question, chacun a produit ce qu’il pouvait, mais je retiens simplement que tout cela n’est qu’homélie qui n’apportera aucun changement. Il y aura baisse et réduction de la marge de manœuvre de BOKO HARAM, mais son éradication réelle et effective, passe avant tout par chacun de nous. Si les grandes théories, l’expertise des sommités de ce monde étaient suffisantes, le mal aurait longtemps disparu.  Le terrorisme est aussi vieux  que l’humanité. Aujourd’hui il nous côtoie, demain il risquerait de nous hanter. L’un des moyens  des plus efficaces de l’éradiquer est: LA PSYCHOLOGIE. Elle voudrait d’une  part que  nous encadrions l’adepte de BH de manière à ce qu’il consente à quitter le maquis en s’humanisant. D’autres parts, elle exige que nous nous corrigions  de l’intérieur. Qu’on renaisse de nouveau (sans hiatus avec les dogmes religieux) . Elle nous conseille d’évacuer tous ces déchets qui traînent et nous opposent les uns aux autres. De nous pardonner, de nous accepter. D’aucuns parleraient plutôt de le nécessité de  nettoyer les Écuries d’Augias. Je m’associe à la communication officielle qui déclare la situation sous contrôle. Oui, que chacun fasse son travail pour que la gangrène soit définitivement extirpée.

A quoi pensez-vous lorsque vous évoquez  le déni de justice ?

Au malaise qui nous tient captifs au quotidien. Le refus de dire le droit a crée entre de nombreuses familles rancunes, et haines. L’apparent privilège dont certains compatriotes jouissent  au moment où d’autres sont traités en sous-hommes dérange. L’application des textes n’a pas la même vitesse. Quelques exemples non exhaustifs :

  1. 29 JANVIER 1992, deux hommes sont assassinés à KOUSSERI. Il s’agit des regrettés ALADJI SELEMAN et  OUMAR GARBA. Après enquêtes, il ressort que le premier est abattu à l’aide d’une arme à feu, par Monsieur  R  et le second, toujours à l’aide d’une arme à feu  par  Messieurs  A.G et A.D.  Le Procès Verbal des Enquêtes signé le 31/12/1992 par le Chef d’Escadron d’alors, M. LOKO BILLE Peter Charles, COLEGION en second de  Extrême Nord  en fait preuve irréfutable. Depuis lors, la justice saisie n’a pas bougé d’un cran. Voici  25 ans que le dossier est en veilleuse.
  2. Le 27 Mai 2005 : Une haute personnalité traditionnelle dans le Logone et Chari, procède en compagnie de MM. ZIBRINE KARLEDJE et BONGUI à une extermination à l’arme à feu de ses sujets de l’ethnie MUSGUMS. Il s’agit de Moussa ALAOU (35ans) et YOUSSOUFA  APAISSINI (60ans). Ses acolytes et lui sont restés impunis sous le regard  éberlué de cette minorité. Pendant ce temps, ceux qui vinrent au secours des deux défunts furent arrêtés depuis lors et jamais jugés. Il s’agit d’INOUSSE, AFOUDALINI, AKRIN, BOUKAR BAGUI, SOULEMANE DALI, ISSA EVECK. Selon certaines sources, quelques uns seraient morts de tortures en prison. (A vérifier)
  3. ÉTÉ 2005, MM. GUIEIME ABAZARA et MASSAOU AZI portent plainte contre le Maréchal des Logis Chef N. (en service à la Brigade Terre d’AFADE, département du Logone et Chari) pour Esclavage. Le Délégué Général à la Sûreté Nationale (DGSN) est saisi le 17/08/05, le Procureur de la République du Logone et Chari le 22/08/05.A ce jour, rien n’est fait. Le mis en cause à l’époque des faits disait jouir d’un appui inconditionnel au sommet de l’État.
  4. ÉTÉ 2011: La même haute personnalité traditionnelle du Logone et Chari, ligote et retient captif dans ses cellules, Sa Majesté Moussa ADAM, dignitaire MUSGOUM et responsable de la Chefferie BEKORO-KABE (Arrondissement de Logone-Birni, département du Logone et Chari). Le présumé vandale n’a jamais été inquiété après ce forfait.
  5. 14-8-2013 : Le Pasteur Lucas GUILKOUA de l’UEEC est victime de la destruction  dans son champ (sis à TOLKOMARI, Arrondissement de Kolofata, département du Mayo-Sava) de 515 plants d’ACCACIA-Arabica. Les auteurs MADI A., ABBA K. , BOUKAR M., ABBA A.M, disent l’avoir fait parce que le champ du pasteur fait partie intégrante du cimetière musulman, où ces vandales venaient d’inhumer un des leurs. Ce qui choque est que l’incident s’est produit sous le regard coopératif de Monsieur   L L. Chef de 2è degré qui n’a pas le moins levé le ton pour se déclarer plus tard incompétent quant au jugement de l’affaire. Le Sultan de KOLOFATA (devenu Maire) saisi, n’en dira  mot  peu avant que  le SOUS-PREFET de KOLOFATA  ait lui aussi déclaré son incompétence.
  6. 28-10-2008 : Doué GOUDJAMA, son épouse et enfant, sont violemment battus à mourir et leurs biens détruits par une bande d’extrémistes au lieu dit YEGOUA, département du Mayo-Sava. Monsieur  S., chef de gang et proche parent d’une élite influente est identifié et une plainte contre lui est déposée à la Brigade Territoriale de gendarmerie de Mora. Voici bientôt 10 ans que les plaignants attendent. C’est le mutisme de la justice qui refuse d’aborder ce sujet,  nonobstant nos incessantes relances.  Les membres de cette famille s’en sortent  physiquement diminués avec chacun, une incapacité temporaire de 45jours, 15jours et 15jours. Une en est d’ailleurs morte.
  7. 19-10-2008 : M. PALNANG KITCHOUAKAÏ domicilié à LOULOU (Ndoukoula) est victime du vol de 15 bœufs. Les voleurs et receleurs sont  identifiés A. S. (Chef boucher), Sally G. (guide des bœufs), Mathieu (Complice), YOUGOUDA   (voleur en fuite). Le deuxième et le troisième sont gardés à vue à la Brigade de recherches de Maroua. Après toutes les manipulations, malgré les preuves palpables qui accablent ces bandits, ils sont libérés et déclarés non coupables le 04-3-2009. L’appel interjeté n’aboutit pas. La CONAC saisie n’en a dit mot.
  8. 08-10-2009: Emmanuel ALAWADI, catéchiste Catholique est victime de vol d’une vache à ZONGOYA, dans le DIAMARE. Moussa L. , boucher et ex-détenu est reconnu coupable et NGARBA K, Complice. Tous passent aux aveux et signent un engagement devant le Père AMADOU Théophile,  Prêtre Catholique Romain et un Chef traditionnel. L’affaire se complique et arrive en justice et  le jugement est  rendu  en l’absence d’Emmanuel ALAWADI qui n’a jamais manqué à une audience. Le MINJUSTICE et la  CONAC saisis en 2010 n’ont  rien fait….
  9. Même sort que M. BOUKAR MONGOLE, qui se dit victime au niveau de la cour d’appel de Maroua d’une injuste manipulation de l’appareil judiciaire, dans une affaire qui l’oppose à YAYA MANA depuis 2009. Toutes ses requêtes adressées aux MINJUSTICE et la  CONAC sont restées sans issue.
  10. 08-05-2005: Marava  KONDJIBE, procède à l’achat d’un terrain en présence de témoins. Le vendeur n’est autre que  le Chef  d’AMCHIDE. Plus tard il se rendra compte que le terrain est non seulement revendu, mais en plus, le nouvel acquéreur  y déjà bâti un immeuble. La justice et la CONAC saisies, ont étalé leurs limites. Jusqu’à ce jour, aucune suite. Dans la même foulée, le Pasteur  SAFSAF de l’UEEC est lui aussi victime du même traitement. Son terrain est revendu par le Chef de SATOMI (Mayo-Sava). La justice et la CONAC saisies sont restées de marbre
  11. Le Sultan de KOUSSERI fut imposé par son Père à la tête d’une Chefferie de 2è degré. Devenu  Sultan, il impose à son tour ses frères à la tête des chefferies où ils ne sont même pas résidents et le plus souvent à la tête des groupes ethniques (massa, mousgoum, etc.) dont ils sont ignorants des us et coutumes. Le curieux silence des autorités est révélateur de sa complicité.

PROBLÈME DE MINORITÉS

  • ETHNIQUES : Nous avons maintes fois décrié dans nos rapports, le sort peu reluisant des minorités ethniques telles que les MUSGUM et MASSA dans le Logone et Chari, les PODOKO et MAHTAL dans le Mayo-Sava, les GOSSI et GAWAR dans le mayo-Tsanaga et  les MOFOU dans le Diamaré, pour ne citer que ces cas.
  • RELIGIEUSE : Les chrétiens issus de ces ethnies sont quasi absents des cercles de décision. Même élus, ils sont réduits au rôle d’exécutant. Depuis les indépendances. Ils sont absents au sein de l’exécutif  dans la quasi-totalité  des Conseils Municipaux sur toute l’étendue de la Région.

Comment  Le déni de Justice, une forme  d’Injustice peut-il dresser le lit du terrorisme ?

Partout où l’injustice  fait son lit, naissent des révoltes, l’insurrection, etc.  L’injustice forge en chaque  individu  déçu des ressorts sur lesquels il devrait s’appuyer afin de réparer le tord qu’il estime avoir subi.  Je ne voudrais pas non plus prédire une possible insurrection des victimes que je viens d’énumérer. Tel n’est pas ma vue d’esprit.. Mais partout ailleurs où elle a duré, elle s’est fermentée et a explosé.

  • En marge de tout ce qui a été dit et écrit, les origines profondes de la guerre du Biafra (Mai 1967- janvier 1970) restent liées à l’humiliation servie par le Nord à travers l’assassinat en Juillet 1966, du Général IRONSI, chrétien Igbo (biafrais) et premier dirigeant militaire de l’histoire du Nigeria.
  • Incomprise, frustrée et marginalisée par le gouvernement Central de Khartoum (Soudan), l’ethnie ZAGAWA de la Province du Darfour décide sous la houlette du Dr Khaled de prendre les armes, afin de faire entendre sa voix. Nous sommes à l’an 2000.
  • Lorsqu’en 1983, le Maréchal-Président Gafaar El NIMEIRY du Soudan impose à tout son peuple, la Charia comme source du Droit soudanais, il est loin de mesurer l’impact de cette islamisation sociale et radicale de ses concitoyens. Conséquences : Le Sud chrétien se révolte et c’est le début de la 2ième guerre qui l’oppose au Nord musulman. Au meilleur des solutions possible, c’est l’indépendance du Sud qui en a résulté au grand dam de l’Unité Nationale. Comme ce fut le cas il y a longtemps avec la division de l’Inde, qui accouche du Pakistan.
  • Les SENOUFO et MALINKE du Nord de la Côte d’Ivoire sont considérés comme étant des étrangers originaires du Burkina Faso. Ils sont victimes de toutes formes de marginalisation de la part des autres ethnies majoritaires du Sud au rang desquelles  les Baoulés et les Bétés, tenant du pouvoir depuis 1960. On y a longtemps  parlé de l’Ivoirité. Débordés, ils se soulèvent en 2002 et déclenchent une grande guerre qu’on aurait évitée et dont les séquelles restent encore béantes.

A  vous écouter et au regard des exemples qui foisonnent notre quotidien, nous retenons que le Cameroun est touché par le terrorisme. Des Camerounais seraient  membres de BH. Présentement, que nous reste-t-il à faire pour imposer une paix et une sécurité définitive ?

  • SUR LE PLAN TECHNIQUE ou MILITAIRE, rien n’est à redire. L’exploit est là et encourage.
  • SUR LE PLAN ÉCONOMIQUE, beaucoup reste à faire : Nous devons cesser de dépendre de l’appui alimentaire international. Nous sommes certes en crise sécuritaire, mais que faisions avant pour n’avoir pas valorisé nos multiples secteurs économiques porteurs ? Le riz de NDOP et MAGA est produit dans des conditions purement artisanales et pouvait ravitailler le pays si sa production avait été modernisée. Le Coton de TOKOMBERE, le Soja de MOGODE, les oignons du Mayo-Sava, le miel de la VINA, etc. sont autant de trésors qui irriguent les marchés  ouest-africains et Afrique Centrale. Pourquoi ne pas les valoriser en créant des emplois chez nous ? Pourquoi ne pas investir dans le secteur des énergies renouvelables et faire dissiper le spectre de la peur qui hante tant de gens ?
  • SUR LE PLAN PSYCHOLOGIQUE : Les Agents de Comité de Vigilance sont de grands hommes qui méritent la reconnaissance de toute la nation. Cependant, ils sont jusqu’à lors traités avec dédain. Il serait souhaitable pour corriger le mal qu’un Statut Officiel leur soit donné. Ce sont des gens pleins de volonté, très dynamiques, patriotiques, mais souffrant d’un déficit de Formation adaptée aux missions qui sont les leurs. Enfin, QUE PENSE-T-ON DES MASSES ? Les populations civiles devraient être sensibilisées et éduquées dans le sens de leur auto-prise en charge sécuritaire par ces temps de crise.  Quelle attitude adoptée par un survivant d’un accident sur la mine ? Comment reconnaître les symptômes d’une attaque à l’arme chimique ? Comment réagir en cas d’attaques chimiques, dans le sens de réduire les effets ? Comment reconnaît-on une lettre piégée ? Comment reconnaître un champ de mines ? Comment donner le renseignement ? Comment filer un suspect, plutôt que de  faire arrêter un ami devenu contradicteur au quartier ? Comment faire le distinguo entre un renseignement  fiable et une information vague plutôt que de procéder aux arrestations arbitraires? Comment communiquer en temps de conflit ? C’est cette approche qui permet de mettre tous les secteurs d’activité du pays en branle et pour un but précis qui permet à Joshua NKOMO et Robert  MUGABE après dix ans de prison chacun, de prendre le dessus sur  IAN SMITH,  le colon ségrégationniste en RHODESIE du SUD (Zimbabwé) ; C’est encore elle qui permet à SAM NUJOMA avec la SWAPO[1] de s’imposer en Namibie. Et des exemples abondent !!!

De manière concrète et dans un bref délai, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire d’urgence ?

Mes convictions m’obligent à penser que :

  • Les ACV méritent d’être formés. C’est pour moi l’une des priorités. Rendez-vous compte qu’au moment où les paramilitaires comme les Douaniers, Agents des Eaux et Forêts, Gardiens de Prison, etc. ronflent dans leur sommeil profond, des gens, ces ACV sans formation, risquent de leur vie en protégeant toute la contrée. N’est-ce pas énorme pour qu’ils puissent mériter plus ? N’est-ce pas suffisant pour comprendre qu’ils sont au Service de l’État et devraient être traités avec égards ?
  • Les populations de l’espace du LOSATSA devraient elles aussi pouvoir bénéficier d’un encadrement adapté au climat de guerre.

Ces ACV  sont régulièrement honorés pourtant……De quoi pourrait être fait ce traitement plus regardant ?

Décorer et/ou Envoyer des enveloppes d’argent pour partage est techniquement, sous l’angle de la Gestion des Ressources Humaines, un acte d’encouragement. Mais à deux niveaux, cette démarche est insuffisante :

Au niveau des motivations

  • Qui est ACV et qui ne l’est pas ? Comment est-il recruté ? Comment est-il évalué ? Quelle est sa feuille de route ? Comment le milieu est-il structuré ? Qui commande ? Qui est commandé ? Comment fait-on pour commander un groupe ? Que doit-on faire pour ne pas être commandé ? Peut-on perdre la qualité d’ACV ? Quel programme est-il initié pour  ces braves hommes, après la crise ?  Le port du badge signé par le sous-préfet suffit-il à conférer au porteur le statut d’ACV ? Il est temps d’organiser le secteur.
  • Je doute qu’à l’issue du partage des dons, chacun ait reçu la part qui lui revenait de droit. . En plus, nous avons entendu d’autres dire qu’il y a eu don et le partage les a écartés.
  • De nombreux ACV hyper-motivés au départ, se sont retirés, puisque incapables de répondre à leurs obligations familiales : La question de revenu minimum par ACV est ainsi posé.
  • Le défaut de prise en charge sociale de ces braves hommes, réduit leur enthousiasme : Le gouvernement peut par exemple instruire que chaque ACV et sa famille aient accès gratuit aux soins médicaux. Ce serait formidable comme catalyseur des énergies.

Au niveau de la formation

  • Il leur faut une formation adaptée aux missions qui sont les leurs. Le gouvernement dispose des experts en la matière.

Dans de nombreux pays concernés par la guerre contre Boko Haram, on parle de plus en plus de « déradicalisation » des Combattants. C’est dans ce sens que  MOHAMED BAZOUN, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique du Niger, annonçait le 28 décembre 2016, la mise en place d’un PROGRAMME DE RÉINSERTION pour les combattants de Boko Haram..Comment trouvez-vous cette approche ?

Elle est fabuleuse et encourageante, surtout si le contexte s’y prête. Voilà une aubaine qui mérite d’être bien gérée. Cependant, la sagesse nous dicte assez de prudence dans la gestion de ce chapitre.

DU COTE DES COMBATTANTS, des psychologues attitrés devraient être sollicités,  afin d’explorer  les motivations profondes qui justifient  leur recrutement  au départ ? Pourquoi décident-ils de rentrer ? Les motivations sont-elles fondées ? Ne courent-ils pas des risques  d’être victimes de règlements de compte de la part de leurs victimes d’hier, quand on sait les atrocités inscrites à leur bilan ?  Avant cette  réinsertion et tous les avantages y afférents, le gouvernement a-t-il pris la mesure des besoins des populations restées loyales, aux grands risques de créer une situation où ex-combattants auraient une situation plus enviable que celles de leurs concitoyens restés loyaux ? N’y a-t-il pas des risques de repli dans le maquis ?

DU COTE DES AUTORITÉS, je crains un effet contraire dans ce sens qu’au moment où  certains membres arrêtés sont en train d’être jugés et condamnés, l’on fasse miroiter aux autres, la possibilité de leur réinsertion sociale. Je parlais de sagesse tout à l’heure justement parce que, la même histoire liée au D.D.R (Démobilisation, Désarmement, Réinsertion Sociale) des ex-combattants, n’a pas toujours produit les effets escomptés. Pour illustration :

  • Le Colonel  TOKONIN,  Commandant des troupes rebelles dénommées « Codos » au  Sud du Tchad,  signe avec HISSEIN HABBRE, des accords de paix et la réintégration des troupes rebelles dans les rangs de l’armée régulière. Nous sommes en plein midi de la décennie 80.  L’issue de cette opération tourne au vinaigre. Les ex-rebelles sont désillusionnés. Nombreux en sont morts.
  • Les accords de paix signés entre le 1er Ministre SORO et le Président GBAGBO en Côte d’Ivoire, sont restés sur papier après tous les sommets applaudis d’OUAGADOUGOU. Les négociations  allant dans le sens d’intégrer les ex-rebelles des Forces Nouvelles  dans les rangs des FANCI[2], traînent malgré la volonté du pouvoir  d’accélérer  le processus. Plusieurs  années plus tard, ce sont ces ex-rebelles qui « chassent »  Gbagbo du pouvoir.

Le  Cameroun peut-il en faire de même ?

Est-ce que le contexte s’y prête ? Déradicaliser les combattants de BH est une bonne entreprise. Mais ma lecture m’impose  04 arrêts :

  • Les objectifs de départ étaient de dissoudre BH et sauver définitivement la paix dans la sous-région. Si cet objectif n’est pas atteint, si la secte reste encore active, nos Etats courent le risque d’avouer leurs faiblesses, leurs incapacités militaires, etc. qu’ils voudraient vite compenser en déradicalisant les ex-combattants.
  • Qui déradicalise-t-on ? quelles sont les chances de réussite de cette opération, dès lors que l’ « employeur » (Boko Haram) reste en activité ? Peut-on transformer un « bébé-vipère » en mille pattes, par le simple verbe ? Si le divorce ne rompt pas totalement les vieux sentiments ayant existé entre deux partenaires, il va de soi qu’un BH converti à une vie normale, reste potentiellement dangereux dans un univers qui offre des possibilités de retourner au maquis.
  • Quels sont les instruments juridiques mis en place pour exécuter ce projet ? Qui sont ceux qui devraient s’investir dans cette opération, quand on sait combien rude est la loi contre le terrorisme ? sera-ce prudent de s’y investir lorsqu’on sait que tout peut se retourner contre soi dans cet environnement très sensible ?
  • Quel sort fut réservé à Monseigneur Albert NDOGMO dans sa médiation avec les nationalistes, malgré le sauf-conduit qu’il avait reçu de la plus haute autorité de l’État ? humilié et embastillé, il sera plus tard contraint à l’exil où il mourut 17 années après.

Photo 101

Mgr  Albert  NDOGMO au Tribunal  Militaire de Yaoundé,

lors du Procès  de Rébellion – Déc. 1970 – Janv. 1971

          J’en viens à dire  à mon humble avis que la DÉRADICALISATION devrait être l’étape qui suivra la DISPARITION DÉFINITIVE de la secte BOKO HARAM.  Pour DÉRADICALISER, il faudrait bien que les causes ou raisons de la RADICALISATION aient cessé d’exister. Par contre, si pour des raisons au-delà de mon appréhension,  cette opération venait à s’imposer comme une impérieuse nécessité, j’estime qu’il serait urgent pour les tenants du pouvoir et autres partenaires de la Société Civile,  QU’UNE LOI D’AMNISTIE SOIT SIGNÉE, QUE LES MILITANTS DE BH ARRÊTÉS ET CONDAMNES SOIENT LIBÉRÉS ET LE PROCESSUS OFFICIELLEMENT DÉCLENCHÉ.

ENTRETIEN TÉLÉPHONIQUE RÉALISÉ

LE  31 OCTOBRE 2017

Par     Eric Martial Vianney NGONO,

Étudiant  Master 2 – Sciences  Politiques

 

 

 

 

[1] South West African People  Organization

[2] Forces  Armées Nationales de Côte d’Ivoire

[1] Changement du Site de la Capitale politique du Nigeria qui part de Lagos à Abuja en 1991

[2]  Ici nous soulignons sa deuxième arrivée au pouvoir, cette fois-ci par voie démocratique, contrairement au premier règne (1976-1979) qui fait suite à la disparition lors d’un Coup  d’État du Général Murtala Mohammed (1975-1976)

[3] :Source :  http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/VICKY/47604

[1] Zone  Rouge constituée des départements du  Lo-gone et Chari, Mayo-Sa-va et Mayo-TSA-naga

 

Publicités