MOZOGO

  • Les défis qui parsèment cette opération ;
  • Les épreuves à esquiver ;
  • Le devoir de neutralité de l’administration.

LA CHEFFERIE DU CANTON DE MOSKOTA DE LA GENÈSE A NOS JOURS

La  Sous-préfecture de MOKOLO est la première unité administrative créée au niveau de ce qui  est connu aujourd’hui comme étant le département du Mayo-TSANAGA. Nous sommes à l’aube des indépendances. La préfecture à ce moment-là est à Maroua et le gouvernorat à Garoua. Dans ce contexte de commandement, le sous-préfet qui cumule les fonctions de Maire nommé de MOKOLO a pour structures auxiliaires deux Chefferies : KOZA et MOZOGO (toutes filles du Sultanat des WANDALA à Mora).  Plus tard, face à la démographie croissante, la Sous-préfecture de KOZA est créée et provoque une sorte de « mitose » de  la Chefferie de KOZA. En effet, celle-ci  dès 1964  donne naissance à deux nouvelles Chefferies : GABOUA et MOSKOTA. Celle de MOSKOTA qui ici nous intéresse le plus a pour siège dès sa création, GOLEDJE, à quelques mètres de la frontière nigériane.

DE LA DIRECTION DE LA CHEFFERIE DE MOSKOTA

Au moment où cette chefferie est érigée, les populations locales sont encore très primitives (sans mépris SVP). Cependant l’administration a fortement besoin d’un homme éveillé, alphabétisé et capable de jouer d’interface entre elle et ces populations indigènes. Du coup, il se trouve qu’à Mokolo, le Directeur du SOCOPED (entité devenue de nos jours Commune Municipale) ait le profil de l’homme qu’il faut. Il est très présent et assez visible dans le rayon d’action de la mère de Germaine HABIBA, veuve de feu AHMADOU AHIDJO, premier président de la République du Cameroun. Il s’appelle AYEB OUSMANOU ABDOULAYE, originaire de MOUZOUA, Canton de KOZA.  C’est donc lui qui est proposé par la belle-mère du Président de la République et devint Souverain de la Chefferie de MOSKOTA. Il est intronisé GOLEDJE en 1964, devint plus tard Député Fédéral  et meurt en 1975. Durant ses onze ans de règne, il se faisait appeler  OUSMANOU GOLEDJE. Pourquoi ? Justement parce que c’est à GOLEDJE qu’il fut intronisé, mais aussi parce cette localité mitoyenne à la frontière avec le Nigeria, est le siège historique de la Chefferie de Moskota. Mais comment comprendre les mécanismes de son emplacement actuel à Moskota ? Les témoins de cette histoire avec qui nous nous sommes entretenus disent que traditionnellement ou mieux selon les coutumes locales, OUSMANOU GOLEDJE dirigeant venu d’ailleurs, n’a jamais été accepté par les ancêtres du peuple qu’il dirigeait. C’est ainsi qu’il fit régulièrement l’objet de menaces occultes, des scènes horribles, épouvantables et inexplicables par aucun langage humain. C’est dans ce sillage qu’il prit la décision de s’éloigner de  GOLEDJE et s’installa sur le site actuel de la Chefferie à Moskota. Revenant à la suite, il nous est parvenu qu’à sa mort, AMADOU l’aîné et héritier principal, la cinquantaine aujourd’hui, était encore mineur.  Les autorités administratives prirent donc sur elles  le devoir de nommer un REGENT qui allait assurer l’intérim en attendant que le  petit AMADOU atteigne la majorité. BOUKAR MEDJEWE est donc celui qui reçoit ce privilège. Face à l’apparente nonchalance d’AMADOU et ses cohéritiers frères qui ne daignent pas réclamer leur  héritage et le silence de l’Administration qui laisse faire, BOUKAR MEDJEWE (demi-frère d’OUSMANOU GOLEDJE dans ce sens qu’ils ont même mère, est quant à lui descendant de par son père du Canton[1] de MOSKOTA.) prolonge sa REGENCE et s’impose comme leader de ladite Chefferie qui au fil du temps a grandi et compte en son sein, 31 LAWANATS. Il rend l’âme cette année (2017) ouvrant  de fait une possible crise de succession.

DE LA POSSIBLE CRISE DE SUCCESSION

La loi de 1977 dans son essence dit clairement que les héritiers doivent être issus de la même famille que le défunt. Sur cette base qui n’est pas fausse, les élites du Canton MOSKOTA qui nous saisissent estiment que l’application de cette disposition de la loi poserait problème dans leur Canton. Et cela pour deux causes :

  • OUSMANOU GOLEDJE est devenu Chef par ordonnance. Il fut un étranger à la tête d’une entité dont il ignorait les rites et coutumes. Administrativement parlant, ses origines restent et demeurent MAZOUA dans le Canton de KOZA. C’est à MOUZOUA que l’on retrouve les traces de ces aïeux. Sa descendance ne peut donc pas légitimement se réclamer de la de la Chefferie du Canton de MOSKOTA. Le Contraire serait semer les germes d’interminables crises sociales. Etat que l’on devrait éviter dans le contexte d’insécurité actuelle.

 

  • BOUKAR MEDJEWE : Conformément aux textes et à travers ses subtilités, n’a pas été un Chef légitime. Son ancienneté au pouvoir lui aurait collé injustement cette légitimité. Dans la réalité il n’a été qu’un ADMINISTRATEUR, mieux un REGENT devenu USURPATEUR. A ce titre, si ses origines confèrent à sa descendance le droit de postuler pour sa succession, cela devrait se faire en qualité de fils du Canton et non de  Prince-héritier.

COMMENT  UNE POSSIBLE CRISE DE SUCCESSION ?

          Nos interlocuteurs disent l’urgence qu’il y a de faire entendre leurs voix avant qu’il ne soit tard. Ils disent ne pas faire assez confiance aux autorités locales, championnes quelquefois de manipulations à de fins égoïstes. Les populations du Canton de Moskota ont fait preuve de « stoïcisme durant un demi-siècle de domination et d’exploitation étrangère  », précise une élite enseignant de formation. Elles disent avoir assez grandi, mûri, et produit pour leur canton et méritent logiquement un Chef de leur libre choix puisque issu de leur clan. « Le canton de Moskota est  vieux de plus de 50 ans et doit jouir de son autonomie », déclare nerveux et confus  une autre élite, sexagénaire et témoin de cette histoire qui, réajustant ses lunettes, dénonce : « la dictature administrative qui a délogé  Sa Majesté PARDAPA ZANADI, Chef légitime de Koza en Janvier dernier, au profit d’un Administrateur Civil élu en catimini et à l’irrégulière, ne sera pas acceptée chez nous(…) que l’opinion le sache. Nous barrerons la voie à toute  entreprise satanique du moyen-âge(…) ». Faut-il ne pas prendre en compte les déclarations de cette très jeune Etudiante-Juriste, 19 ans, dans un style émouvant et éloquent qui nous rappelle celui de Mme BENAZIR BOUTHO[2], admoneste sèchement en ces termes : « le Canton de Moskota, la terre de mes ancêtres sera dirigée par les Mafas et rien que des Mafas. (…) Nous se sommes pas à Kousseri où les Sultans Kotoko imposent leurs fils à la tête des Chefferies Musgoum ou Massas, encore moins Mora où les Chefferies dominées par les Mahtal et/ou les Podoko majoritairement animistes ou chrétiens se font Commander par des Chefs Mandaras musulmans(…) Nous sommes assez responsables pour prendre en main, notre destin(…) » ?

Le  18 Septembre  2017

 

Issa MOHAMADOU

 

[1] Perçu comme village et non comme une Chefferie

[2] Premier Ministre Pakistanais, assassinée en 2003

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