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Ahidjo, avec à sa droite Muna et à sa gauche Foncha

De la culpabilité historique de M. Ahidjo  à l’humilité politique souhaitée de M. Biya

Voici plusieurs mois que durent les revendications des régions anglophones de notre pays. L’impact de cette crise est incommensurable dans tous les secteurs de la vie nationale. Le problème est plus poignant qu’on ne l’imagine. Entre les protagonistes (le gouvernement et les grévistes) le désaccord est ouvert. Des mesures urgentes prises par le pouvoir, butent à bien d’autres revendications nécessaires pour un éventuel dialogue. La tension monte. Les politologues questionnés autour du sujet ont des approches divergentes quant aux voies et moyens de sortie de crise…Politiciens eux-mêmes sont en désaccord. Et pourtant, il faudrait bien qu’une issue soit trouvée.  Par contre, nous autres pensons que de toutes les voies empruntées jusqu’à ce jour, une seule manque à l’appel : La sagesse.  Nous sommes convaincus que la voie de la sagesse qui n’est la résultante d’aucun  « isme » ou doctrine,  nous permettra de revoir ces aurores ensoleillées présage des crépuscules stimulants.  Pour y parvenir, nous allons dans un premier temps, exploiter  la loi de rétribution (Cf: Galates 6 : 7  –  Osée 10 :13 – Job 15 :31 ) qui nous conduit aux questions principale suivante et subsidiaires ci-après :

I- Quelles sont les causes lointaines et immédiates du mécontentement des anglophones ?

  • Quel est le sens de leurs revendications par rapport aux autres problèmes qui minent la société Camerounaise ?

  • Quelle est l’incidence de ces revendications dans la marche du peuple Camerounais ?

DES CAUSES LOINTAINES ET IMMÉDIATES DU MÉCONTENTEMENT DES ANGLOPHONES.

Causes lointaines et la « duperie » des autorités francophones

Au commencement était la trahison dont furent victimes les camerounais issus des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Sans entrer dans les méandres de cette longue histoire parsemée de douleurs, nous retenons ici quelques faits marquants :

  • Ahidjo « redoutait de devoir affronter une tentative de sécession, à la biafraise, au Cameroun, l’exploitation du pétrole pouvant donner des idées aux Anglophones. Une seule solution, mettre fin à ces histoires de fédéralisme au Cameroun, et centraliser à la fois l’État et le pouvoir. Ahmadou Ahidjo est donc convoqué à Paris, où il reçoit l’ordre d’abolir l’État fédéral et de passer à l’État unitaire. De retour au Cameroun, il s’exécute avec empressement. Il est organisé, au pas de course, un référendum au cours duquel les seuls bulletins présents dans les bureaux de vote sont le « oui » et le « yes ». Il n’existe pas de bulletin avec la mention « non » ou « no ». Ce sera ce que l’histoire du Cameroun retiendra sous l’appellation de « Révolution pacifique du 20 mai 1972 ».[1]
  • «  Ahmadou Ahidjo provoquera encore une fois de plus, sept années plus tard, en 1979, le courroux de la communauté anglophone, toujours sur ordre de Paris, avec la désignation du Premier ministre, Paul Biya, comme dauphin constitutionnel, à la place du président de l’Assemblée Nationale, Solomon TANDENG MUNA. La colère, outre-Mungo, à la suite de cette décision, est sans borne. Nombreuses sont alors les voix qui s’élèvent pour crier à la duperie des francophones, dans cette réunification. A n’en pas douter, ces deux faits constituent le point de départ du désir de sécession qui habite de nombreux Camerounais anglophones (…)  »[2]
  • L’un des grands artisans de la Réunification, S.E.M John NGU FONCHA démissionne du RDPC et de ses fonctions de Grand Chancelier des Ordres Nationaux en 1990. Cet acte de portée historique est ponctué d’une litanie de « déceptions » des anglophones vis-à-vis du pouvoir exécutif de Yaoundé qui en son temps, n’avait pas été sincère dans l’application des différents « pactes » scellés entre anglophones et francophones depuis Foumban 1961. Il n’est pas superflu de souligner comme disait Michel Michaut Moussala Directeur de Publication du journal Aurore Plus, édition en ligne du 27 Août 2010 et parlant d’Ahidjo, que son rêve longtemps caressé fut « de supprimer l’État fédéral du Cameroun. Et il va réussir son coup lors du référendum constitutionnel du 20 mai 1972. Promulguée le 2 juin 1972, cette constitution désavouée par John NGU FONCHA qui se sent trahi et par une grande majorité de Camerounais anglophones institue un État unitaire à caractère biculturel.»[3]
  • Au bout de cette logique, naîtra le Southern Cameroon National Congress (SCNC), organisation illégale au Cameroun qui pourtant fédère aujourd’hui toutes les forces qui militent pour la sécession.

Politiquement, les faits qui précèdent furent en leur temps, des signaux forts qui méritaient un peu plus d’attention de la part des décideurs de Yaoundé. Or, en bouchant une  plaie aussi profonde et suintante, elle s’est infectée de l’intérieur au lieu de guérir et elle pourrait  se transformer en gangrène. C’est remarquer qu’à défaut du dialogue, tous les autres mouvements sécessionnistes se sont soudés et se radicalisent à présent. C’est aussi comprendre  que l’usage de la force contre ces présumés sécessionnistes s’est  révélé être la mauvaise option. Justement parce que, ces associations sécessionnistes se veulent être un exutoire des déceptions longtemps étouffées et refoulées. Et  bien qu’interdites au Cameroun, celles-ci trouvaient ailleurs plus d’espace de croissance et de développement.

Causes  immédiates

La cause des anglophones est de moins en moins entendue.  Nos frères des régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest se disent souffrir de leur position de citoyens de deuxième zone. Quelques éléments non exhaustifs confirment cette assertion :

  • L’Administration Camerounaise est francophone dans la réalité. Entre autres preuves : Les Centres d’Instruction des armées et de Police ont pour langue de formation le Français ;
  • Les discours du Chef de l’État depuis 1961 sont dits en français et traduits plus tard en anglais. Toutes choses qui ne produisent pas le même écho et la même solennité auprès des
  • Les anglophones sont obligés d’apprendre le français tandis que les francophones sont libres d’étudier l’Anglais : Tous les fonctionnaires et hauts commis d’État, originaires du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest, comptent parmi les meilleurs bilingues de la république. Cela s’explique aussi par le fait qu’ils sont plus portés à utiliser dans le cadre de leur fonction, la langue de Molière que celle de Shakespeare qui est la leur.
  • Les postes de souveraineté (Justice, Défense, Sécurité, Territorial, Finances), n’ont jamais été occupés par les fils originaires des deux Régions anglophones et ce depuis 1982.
  • Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont perdu l’honneur qui leur revenait d’occuper le deuxième[4] siège le plus important de la république (Assemblée Nationale), ce après le « virement » de Son honorable FONKA CHAN Lawrence devenu Président de la Chambre après la retraite de Salomon T. MUNA. Cette « déchéance » survient aux lendemains des législatives de Mars 1991. Celui-ci espère se voir reconduit au perchoir, lorsque tout change en faveur du Grand Nord. Toutes choses qui sonnaient comme étant la « riposte » de Yaoundé,  face à deux Régions qui avaient basculé dans l’opposition politique. Le Nord-Ouest derrière Ni John FRU NDI et le Sud-Ouest sous les charmes de feu Samuel EBOA.
  • Le texte français qui sous-tend l’hymne national du Cameroun est différent dans sa version anglaise.

Le sens des revendications anglophones par rapport aux autres problèmes qui minent  la société Camerounaise

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        Dans une logique d’équilibre entre les systèmes francophone et anglophone, nous pensons que les frères des régions Anglophones ont pleinement raison d’exprimer leur ras-le-bol. En face, le refus du dialogue franc et sincère des autorités Camerounaises ne contribue pas à apaiser les passions.

Toutefois, dans une analyse plus poussée des problèmes qui minent le Cameroun, une autre lecture  s’impose à tout esprit libre : La question anglophone se pose au niveau de deux régions camerounaises lesquelles bénéficient au niveau national de la gestion de l’équilibre régional. En d’autres termes, les Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest sont autant que les huit autres régions, numériquement représentées dans les postes et services de la république. C’est le lieu de reconnaître qu’il y a autant de Préfets que nous avons des départements au Cameroun. Parallèlement les deux Régions en crise ont chacune un fils parmi les dix gouverneurs de la République, pour ne citer que ces exemples. Alors d’où vient-il qu’en marge de cette logique représentative qui arrange (rait) d’ailleurs chacune des dix régions, le problème de langue soit là à nous susciter d’autres divisions ?

Justement il est clair et évident que le gouvernement au fil des années n’a pas pu donner vie au concept du bilinguisme. Si notre biculturalisme n’a jamais été remis en cause, sa coexistence pose néanmoins problème. Notre histoire et quotidien le prouvent à profusion. Il est même certain que la cohésion nationale se serait encore plus soudée si l’anglais et le français n’étaient pas seulement des langues officielles, mais obligatoires. La réalité nous renseigne que l’anglais est au francophone facultatif alors que le français aux anglophones est tacitement obligatoire. C’est important de le dire pour qu’enfin nous comprenions que dans le fond, le problème anglophone n’a de sens que par rapport au fait que ceux des Camerounais du Nord-Ouest et sud-Ouest souffrent du dictat politico-culturel des francophones. Et penser[5] à la sécession, au fédéralisme ou à la décentralisation comme issue de cette crise, constitue pour nous une aventure presqu’ambiguë et cela pour deux raisons précises :

(1) ANTHROPOLOGIQUE : L’anglais ou le français ne peut  pas servir de lit à un quelconque regroupement fort et solide de nos entités. On ne se regroupe pas facilement sur la base d’une langue vivante, mais autour des motifs naturels et/ou culturels que nous avons en partage. Les habitants des plaines selon que l’on se retrouve dans un pays quelconque, n’ont pas le même mode de vie  que ceux qui habitent les montagnes. Parallèlement, un Camerounais de la côte (sawa par exemple), réagira toujours différemment de son compatriote de la savane (boum de l’Adamaoua) ou de la forêt (Ntumu d’ambam). Pour ainsi dire, une fédération ou une sécession qui mettrait ensemble les deux Régions anglophones, resterait éphémère. Et pour cause, le Nord-Ouest de par le relief se trouve dans l’aire Grass Field avec l’Ouest. Par contre, le Sud-Ouest avec son ouverture à la mer, s’aligne dans l’espace SAWA avec Littoral. Toutes différences qui s’accompagnent d’une importante incidence dans les mentalités et autres aspects de la vie.

(2) POLITICO-HISTORIQUE : Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont certes des frères, mais ont rarement été des complices face aux grands tournants de l’histoire. Chacune de ces parties a toujours agi dans le sens de ses intérêts plus ou moins égoïstes :

  • Sur la marche vers la Réunification, le Kamerun National Congress (KNC du Sud-Ouest) d’Emmanuel LIFATA MBELA ENDELEY, votait pour le rattachement au Nigeria. Pendant ce temps, le Kamerun National Democratic Party (KNDP du Nord-Ouest) de John NGU FONCHA et Augutine NGOM JUA, votait pour la Réunification avec le Cameroun francophone. Cela vaut à ce Parti  28 sièges / 37 disponibles lors de ladite consultation qui se tint le 24 Janvier 1959.
  • Sous les vents démocratiques de 1990, le Sud-Ouest dans un premier temps est largement favorable à l’UNDP de Samuel EBOA. Pendant ce temps, le Nord-Ouest bascule dans le SDF de Ni John Fru Ndi.
  • Récemment encore, dans le Sud-Ouest les fils du Nord-Ouest faisaient l’objet de rejet derrière le slogan « come no go ». Traduction du pidgin d’ « Envahisseur », « Étranger », etc. C’est connu qu’à un moment donné, les mariages entre fils et filles de ces deux régions n’étaient pas une équation facile. »

L’incidence de ces revendications dans la marche du peuple Camerounais

Les problèmes soulevés par les frères des régions anglophones sont certes fondés, mais chaque Région du Cameroun souffre elle aussi d’un problème avec plus ou moins forte amplitude. Et satisfaire les attentes des régions anglophones ne nous gêne pas, mais pourrait conduire d’autres régions à investir elles aussi la rue. Et ceci nous amène à suggérer à l’attention du gouvernement, quelques voies et moyens de sortie de crise.

Suggestions pour sortie de crises

La meilleure issue de la crise reste à notre avis, la gestion prioritaire et équilibrée de notre biculturalisme. En d’autres termes, réparer la trahison de l’histoire en posant quelques actes forts. Pour ainsi dire, Il est souhaitable  entre autre que :

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Cardinal Christian TUMI, l’un des symboles du bilinguisme Camerounais

  • Le français et l’anglais deviennent obligatoires dans toute l’administration. En d’autres termes, les fils issus des Régions anglophones devraient cesser de se faire « imposer » le français comme c’est le cas assez visible depuis de lustres.
  • Les Lycées franco-anglais qu’on présente sans honte comme étant des Lycées bilingues, devraient retrouver toute leur essence. C’est-à-dire, au lieu de juxtaposer en leur sein des établissements purement francophone d’une part et purement anglophone de l’autre, ils devraient muter (à partir de l’École Primaire) en un système pur bilingue où des élèves en un cycle d’études décrochent simultanément des diplômes francophones et anglophones. Cette révolution deviendra un archétype inoxydable pour un modèle de bilinguisme jamais égalé.
  • Les deux langues soient utilisées au sein de nos forces de défense et de sécurité, tant au cours de la formation de base que tout au long des stages d’application et de promotion. Ou mieux, obligatoires à partir d’un niveau qui s’ouvre au Commandement. Toutes choses qui pourraient faciliter la création des Centres de Perfectionnement purement anglophone pour les francophones et purement francophone (comme c’est le cas aujourd’hui), exclusivement pour les anglophones.
  • Les deux textes français et anglais qui accompagnent notre hymne national, deviennent identiques dans le message patriotique véhiculé.
  • Émarger sur le budget de l’État, signifie pour un produit issu d’une de nos grandes Écoles, avoir la capacité d’utiliser avec aisance et conviction, les deux langues.
  • Tout candidat à un poste électif soit apte à utiliser les deux langues officielles et de manière spontanée.
  • Nos Écoles de journaliste puissent former des Journalistes bilingues et non d’un côté des francophones et de l’autre des anglophones et la liste est longue……
  • Sur le plan purement politique, la première et deuxième personnalité du Cameroun soient francophone et anglophone comme ce fut le cas entre 20 Octobre 1961 et le 02 Juin 1972.

Fait le 23 Février 2017

 

Emmanuel  MOMO

 

 

 

[1] http://www.camer.be/54147/35:32/cameroun-de-la-desillusion-des-anglophones-a-la-naissance-de-la-scnc-cameroon.html

[2] http://www.camer.be/54147/35:32/cameroun-de-la-desillusion-des-anglophones-a-la-naissance-de-la-scnc-cameroon.html

[3] http://www.cameroon-info.net/article/succession-de-paul-biya-vers-la-reinstauration-dune-vice-presidence-de-la-republique-125568.html

[4] Avant l’avènement récent du SENAT

[5] Sécession, Fédéralisme, Décentralisation : ne sont pas des thèses qui nous préoccupent. Notre position ici est valable par rapport à la Crise Anglophone.

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