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Des dénonciations en provenance de Mora ont toujours présenté ce fonctionnaire de Police comme étant la source de toutes les déceptions des populations civiles. Dans un premier temps, celles-ci ressemblaient aux dénonciations peu fondées, puisqu’on ne saurait penser que dans une Unité de Police, un seul fonctionnaire soit aussi présent tous les jours et partout. Comment d’ailleurs penser que ce soit le même qui frappe ici, extorque de l’argent par-là, bastonne par-là ? Il a néanmoins fallu qu’un incident à plus ou moins fortes amplitudes survienne pour que l’on se rende compte de ce qui pourrait être la véracité des charges portées contre cet homme. A ce stade de vérification des faits, nous optons pour la diplomatie de couloir. Il faut se rapprocher du mis en cause et recueillir son point de vue. Et pourquoi ne pas jouer les facilitateurs ? Mais c’est oublier que, le présumé bourreau à mieux à faire que de nous écouter :

  • Informés de ses menaces contre la famille WADAWA et perquisition effectuée à son domicile, nous lui avons adressé une correspondance (N/Réf : 051/ODHRM/CC/12/16 du 19 décembre 2016 et ventilée à sa hiérarchie départementale et régionale), avec pour objet « votre droit de réponse». Dans cette missive, nous lui avons détaillé de manière logique, tous les faits qui lui sont reprochés. Aussi, lui disions-nous que notre souci de rendre public cette affaire après le 23 décembre, exigeait selon les règles de l’art, qu’il nous ait livré sa version des faits. Rituel auquel il a refusé de se soumettre.
  • Son silence est-il signe d’un aveu ? Peu importe ses motivations, nous sommes dans l’obligation de faire parler deux de ses dernières victimes. M. WADAWA 57 ans et son fils BOUKAR Hamidou, 19ans.

A chacun d’apprécier le récit….

ENTRETIEN  n0 1

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Hamidou BOUKAR, entre votre famille et l’Inspecteur de Police DJONWE, les rapports sont au niveau le plus bas. Que peut-on retenir des causes ?

Tout est parti d’un malentendu entre DENDJERE ma petite sœur et MAMA, la fille de Mme ASTA la voisine. Deux enfants de la dizaine d’âge. Ma petite sœur est accusée par sa camarade de lui avoir fait mal pendant qu’elles jouaient. Mme ASTA qui déjà était absente retourne et en est informée. Celle-ci sur le coup porte plainte contre mon  père et nous sert une convocation du Commissariat de Police de KOURGUI. C’est là-bas que tout se gâte.

« Tout se gâte » Comment ?

C’est l’Inspecteur (IP) de Police DJONWE qui est chargé d’enquêter. Après échanges entre lui et les deux enfants, il dit devoir placer ma petite sœur en cellule. Celle-ci panique. Et moi je lui rappelle, à ma petite sœur, que la cellule ne tue pas. Je lui dis d’entrer et rien ne lui arriverait. C’est sur ces termes que, peut-être déçu, l’IP me sert une paire de gifles et tentant d’en donner plus, je me défends et ma chemise se déchire…Le mouvement est violent et aussitôt il m’ordonne de libérer le Commissariat de Police en insultant ma mère…

Comment peut-il insulter votre mère ? Etait-elle sur les lieux ? Avez-vous des preuves de ce que vous dites ?

La scène se produit devant mon père, Mme ASTA, Malloum mon grand-frère et les deux enfants qu’on interrogeait. Et s’agissant des injures, c’est en public, devant le Commissariat, les passants l’ont entendu dire «  ta mère »….

Pourtant, nous avons appris que c’est vous qui l’avez insulté ?

Non. Je lui ai retourné son injure étant sous la colère. Ce n’est pas moi qui l’ai insulté le premier….

Et après ?

Il m’a retrouvé quelques jours après non loin de notre quartier, en train de discuter avec deux amis militaires de la Force Multinationale. C’est alors qu’il gare sa moto et me dit que « Pourquoi tu n’as pas fui kourgui jusqu’à maintenant(…) ». Et au moment de  s’en aller, il m’a dit qu’ « On va voir… ». Je voudrais rappeler qu’une semaine après, il m’a retrouvé chez Monsieur MANA, a tenté de m’emmener à bord de sa moto, mais sans succès. C’est alors là qu’il déclare que « le concours que tu as fait, tu ne réussiras pas (…) J’irai effacer ton nom. »

Depuis lors, vous êtes-vous encore rencontrés ? Si oui, quelle est sa réaction ?

Je suis obligé de vivre caché, puisqu’il a promis d’abattre mon père en brandissant l’arme. Cela devient difficile. Dès que je l’aperçois, je me cache à défaut de fuir.

Avez-vous porté plainte contre lui ?

Non, les témoins de l’affaire nous ont conseillés de vous saisir d’abord et vous sauriez comment faire avancer le dossier.

ENTRETIEN  n0 2

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Monsieur  WADAWA, votre fils nous apprend que l’IP vous a proféré de menaces de mort… Comment en est-on arrivé là ?

Difficile de remonter à la genèse. Mais je retiens une chose. Au lendemain de notre passage au Commissariat de Police de KOURGUI,  l’IP  DJONWE accompagné de son guide Monsieur « A »., frappent à ma porte autour de 3h de la nuit. Pendant que je demande qui frappe, une voix, celle de l’IP répond. Mais j’ai de la peine à le reconnaître. Profitant de la fragilité de la porte, les deux entrent de force et me retrouvent à l’intérieur. C’est avec ton dur et de menaces que l’IP me pose la question de savoir « où est ton fils ? » (ndlr : BOUKAR Hamidou). Ma réponse est claire : « Il n’est pas là ». Sur cette réponse, l’IP et Monsieur « A » sont immédiatement entrés et se sont mis à fouiller la maison.

Mais à vous écouter, il n’apparaît nulle part la menace de mort….

(Tout pâle, mine patibulaire) Il m’a réellement menacé. Après avoir tenté plusieurs fois et sans succès d’arrêter mon fils Hamidou, il a d’abord confisqué la Carte Nationale d’Identité de son frère aîné Malloum, avant de revenir chez moi tout furieux. D’abord il m’a donné une gifle, puis a placé le canon de son fusil sur ma tempe en disant farouchement : «  allons en brousse, je vais t’éliminer »

Propos  recueillis à  Mora  le  15 décembre 2016

Par    Baby  JULAGO.

Traduction : Pierre EKANI

ET SI L’ON PARLAIT  DE TERRORISME DOMESTIQUE ?

         Le quotidien des populations du Mayo-Sava a pris un sérieux coup. D’abord l’insécurité liée aux assauts terroristes de Boko Haram.  Ceux-ci sont heureusement contrés par nos vaillantes forces de défense et de sécurité. Toutefois profitant de la détente et au moment où chacun caresse les frais et doux rayons d’espoir qui arrosent nos aurores et sustentent nos fatigues du crépuscule, des brebis galeuses issues de ces forces, tentent de nous replonger dans les profondeurs de la misère….

Entre la ville de Mora (Mayo-Sava) et Nguetchewe (dans le Mayo-Tsanaga), on dénombre sept (7) guichets tenus par des militaires, gendarmes et policiers.  Ces guichets qu’on présente comme étant Postes de Contrôle sont repartis ainsi qu’il suit :

Guichets receveur Gros porteurs Voitures ordinaires Motos et vélos Piétons
Camp Militaire Militaires 5.000F 2.000F 500F 300F
 

Kourgui

Gendarmes et Policiers 10.000F 5.000F 1000F 500F
 

Douanes

Militaires 5.000F 500F 500F 300F
 

Gouzoudou

(Château)

 

Gendarmes et Policiers 10.000F 5.000F 1000F 500F
Tolkomari Militaires 2000F 1000F 500F
Kouyape Militaires 2000F 1000F 500F
Nguetchewe Gendarmes et Policiers 10.000F 2000F 1000F 300F-500F

OBSERVATION :

  • Au moment d’évaluer le total perçu par ces Inspecteurs d’Impôt d’une autre ère, il conviendrait bien de multiplier les sommes par deux. Et pour causes, les usagers qui payent à l’aller, devraient repayer le même montant au retour.
  • Les gros porteurs ici sont les camions qui assurent le transport des oignons vers le grand Sud du pays.
  • Faute de payer, gendarmes et policiers menacent de déclarer le chauffeur comme étant adepte de la secte de Boko Haram, à défaut de l’obliger de retourner. D’où la peur et l’obligation de se plier.
  • Les policiers que nous citons ici, sont issus du Poste de Police de Kourgui qui en plus de ces deux guichets, entretiennent un troisième non loin de la barrière sur la route de Kolofata.
  • En dehors du Guichet de Nguetchewe dont les receveurs sont issus du département du Mayo-Tsanaga, les six autres guichets sont occupés par leurs homologues de Mora.
  • La semaine du 11 au 17 Décembre 2016, nous avons compté entre 6h 22mn et 21h 46min :
  • 48 gros porteurs partis pour le SUD ;
  • 67 Transporteurs par véhicules ordinaires ;
  • 436 motos passées avec des oignons…
  • Une vingtaine de bicyclistes …

                                                                   Fait le 24 Décembre 2016

Par   ISSA  MOHAMADOU

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