images-militairesENTRETIEN avec Mme  BOGO,

Membre de l’Observatoire Droits de l’Homme, domiciliée à Kousseri  dans l’Extrême-Nord, en mission de travail dans la Région du SUD. Elle est victime le 17 Août dernier, vers 13h30 au lieu-dit  Ebolowa-si  à Ebolowa, de tortures et de menaces simples de la part du Sergent-Chef EDO. Elle nous raconte sa désillusion, mais aussi ses craintes…..

Qu’est-ce qui s’est réellement passé Madame ?

Difficile de vous relater une histoire qu’on n’a pas vu venir et pour laquelle l’on est victime sans trop savoir comment.. Pour être brève, je me souviens qu’à lors que je marchais, j’ai reçu brutalement un coup au dos, puis à l’épaule et ensuite à la tête. Imaginez l’émotion, la stupeur, l’ahurissement, et même la panique. C’est alors qu’un militaire, sergent-chef que je découvre plus tard porter le nom d’EDO, me décoiffe et sous un temps martial m’apprend que la casquette que je porte est « militaire », toutes choses interdites par le haut commandement de l’Armée…..

Saviez-vous néanmoins que le port de cette casquette est interdit et si oui, pourquoi l’avoir portée ?

Sauf myopie morale de ma part, comment pourrais-je prendre le risque de le faire ? Et si après cette violence, il avait constaté que j’étais bel et bien militaire, qu’aurait-il avancé comme arguments pour justifier sa dérive ? Comprenez que cet homme est de mauvaise foi et les arguments qu’il avance restent plats et légers pour 5 raisons :

  • Cette casquette se retrouve dans les marchés du pays et dans toutes les rues. Dans chaque agglomération, au moins un Camerounais en civil la porte.
  • Celle que je portais n’avait aucun insigne militaire, encore moins sa texture de base « polyester » n’est pas celle des armées essentiellement faite de « coton » ;
  • A ma connaissance, sauf ignorance pour laquelle j’ai des réserves, aucun texte au Cameroun n’interdit la vente des Casquettes aux couleurs militaires. Je ne devrais donc pas être la victime des fantasmes d’un militaire dont les vœux les plus profonds peinent à se réaliser.
  • Fallait-il me torturer et me servir ce plat fade garni de menaces, alors qu’il aurait pu m’interpeller selon les règles de l’art et me remettre à la disposition de la gendarmerie pour enquêtes ? Est-il disciple du droit de la force, là où la force du droit devrait être la règle ?
  • Du moment où, les casquettes de cette nature se retrouvent partout dans nos rues et comptoirs, j’estime qu’il est permis de la porter et subséquemment le comportement du sergent-Chef EDO reste ni plus, ni moins, un acte de torture qui m’a fait souffrir inutilement.

     Vous parlez de « plat fade garni de menaces », en fait de quoi s’agit-il réellement ?

Le Sergent-Chef  EDO m’a dit vertement que « je vous cherche depuis longtemps ». En d’autres termes, l’altercation du vendredi 17 n’était autre que l’aboutissement d’une filature… Analyse qui m’étonne et fait douter davantage des intentions de ce sous-officier. Déjà je n’ai jamais habité encore moins résidé à Ebolowa, j’y suis de passage et domiciliée à  Kousseri. Alors, comment peut-il dire qu’il me cherche depuis et pour quelles raisons ? Cela a l’air anodin, mais je voudrais bien qu’on y mette un peu plus d’accent. C’est pertinent et justifie toute mon inquiétude.

Et après ? Comment se gère la suite de l’incident ?

La casquette est d’abord confisquée, il se retire à bord de sa moto puis quelques instants après revient remorquant un gendarme à qui il m’indexe dans les termes orduriers du genre « les voilà ».En fait, j’étais accompagnée de ma sœur témoin de cette déconvenue. Sur ce, elle et moi décidons de saisir l’Antenne SEMIL située pas très loin de nous. Le  Sergent-Chef EDO s’y retrouvait déjà. Nous y entrons et demandons de rencontrer le Chef. Un de ses adjoints nous accueille. Après un bref échange assez courtois, il me demande de déposer un rapport  dans la main courante. Rituel auquel je plie.

Qu’en est-il du Sergent-Chef EDO ?

Il emporte néanmoins ma casquette, se livre aux grimaces et gesticulations d’une autre époque, puis une main qu’il nous tend pour présenter les excuses que nous avons acceptées avec méfiance et prudence. La vie est saupoudrée de ces poignées de mains de paix, qui n’en sont que des masques. Je reste donc très prudente pour la suite ?  .

Entretien téléphonique réalisé par 

Emmanuel MOMO

 le 19 Août 2016  

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